AU MÊME
Ma lettre, à laquelle vous venez de répondre, a fiiit un effet bien différent que je n'attendais : elle vous a feit partir; et moi je comptais qu'elle vous ferait rester jusqu'à ce que vous eussiez reçu des nouvelles du départ de mon manuscrit; au moins était-ce le sens littéral et spirituel de ma lettre.
Depuis ce temps, ayant appris le passage du Var, je fis réflexion que vous étiez Piémontais, et qu'il était désagréable pour un homme qui ne songe qu'à ses études et à ses livres , et point aux affaires des princes, de se trouver dans un pays étranger dans des conjonctures pareilles à celles-ci : de sorte que vous prendriez peut-être le parti de retourner dans votre pays ; surtout s'il est vrai que votre bon ami le marquis d'Orméa est mort ou n'a plus de crédit ■ i comme le bruit en court. Je parlai à notre ami Gendron de la situation désagréable dans laquelle cela vous mettait, et 11 pense comme moi. Mais nous espérons qu'à la paix vous pourrez jouir tranquillement de l'aménité de la France, que vous aimez, et où l'on vous aime. Peut-être, mon cher ami, ai-je porté mes scrupules trop loin ; sur cela vous êtes prudent et sage.
Du reste, dans la situation présente , je ne crois pas qu'il me convienne d'envoyer mon livre pour le figitre imprimer, d'autant moins que je suis incertain du parti que vous prendrez. Si vous croyez devoir rester en France , je ne doute pas que vous ne revoyiez la Garonne, et que vous ne travailliez à une autre dissertation , pour remporter encore un prix à l'académie des inscriptions. Vous imiterez en cela l'abbé le Beuf *; mais vous ne serez pas s! boeuf que lui. Adieu ; je vous embrassede tout mon cœur.
D9 Parti , le 86 décembre 1746.