A L'ABBÉ DE GUASCO
Tout ce que je puis vous dire, c'est que je pars au premier jour pour Bordeaux, et que là j'espère avoir le plaisir de vous voir. Je sais que je vous dois des remercîments pour les deux petits chiens de Bengale, de la race de l'infant don Philippe, que vous me menez; mais, comme les remercîments doivent être propœrtionnés à la beauté des chiens, j'attends de les avoir vus poiur former les expressious de mon compliment. Ce ne seront point deux aveugles comme vous et moi qui les formeront, mais mon chasseur, qui est très-habile, comme vous savez.
J'ai envoyé mon roman * à M. le Pïain, et je trouve fort extraordinaire que ce soit un théologien qui soit le propagateur d'un ouvrage si frivole. Je vais aussi envoyer un exemplaire de la nouvelle édition de la Décadence des Romains au prince Edouard, qui, en m'envoyant son manifeste, me
mais en Tannée 1730 ou 1740, puisque Montesquieu conta Taocident qui lui était arrivé à un de ses amis, à Toccasion de V Histoire de Louis XI par Duclos , qui parut quelque temps après, Tan 1740.
■ Étant à Bordeaux Tabbéde Guasco avait proUté de robsenoe de Montesquieu pour parcourir en détail les provinces méridionales de France d'une mer à Pautre, et Jusqu'au centre des Pyrénées, pour y connaître les savants, les académies , les bibliothèques, les antiquités, les ports de mer, les productions propres à chaque province, et Tétat du commerce etdûU fabriques.
* Le Temple de Gnide.
LliTTRES.
dit qu*il fallait de la correspondanoe entre les auteurs, et me demandait mes ouvrages.
Je fais bien ici vos affoires , car j'ai parlé de tous à madame la comtesse de Sénectère, qui se dit fort de vos amies. Je n*ai pas daigné parler pour vous à la mère, car ce n'est pas des mères dont vous vous souciez. Bien des compliments à madame la comtesse de Pontac : quoi que vous puissiez dire de sa fille, je tiens pour la mère; je ne suis pas comme vous.
Dites à l'abbé Venuti que j'ai parlé à l'abbé de Saint-Cyr, et qu'il fera une nouvelle tentative auprès de M. l'évéque de Mirepoix. Je n'ai jamais vu un homn^e qui ùue tant de cas de ceux qui administrent la religion , et si peu de ceux qui la prouvent.
M. Lomelini m*a conté comme, pendant votre séjour en Languedoc, vous étiez devenu citoyen de Saint-Marin *, et un des plus illustres sénateurs de cette république : je m'en suis beaucoup diverti. Ce n'est pas cette qualité sans doute qui donnait envie au maréchal de Belle-Isle de vous avoir sur les bords du Yar : c'est qu'il vous savait bien d'un autre pays; et je crois que vous avez bien foit de ne point accepter son invitation. Dieu sait ébmment on aurait interprété ce voyage dans votre pays.
Je souhaite ardemment de vous trouver de retour à Bordeaux quand j'y arriverai, d'autant plus que je veux que vous me disiez votre avis sur quelque chose qui me regarde personnellement. Mon fils ne veut point de la charge de président à mortier que je comptais lui donner. Il ne me reste donc que de la vendre, ou de la reprendre moi-même. C'est sur cette alternative que nous conférerons avant que je me décide; vous me direz ce que vous pensez , après que je vous aurai expliqué le pour et le contre des deux partis à prendre ? tâchez donc de ne vous pas faire attendre longtemps. Adieu.
De Paris , oe ss man 1748.