AMf CERATI
J'ai reçu, monseigneur, non-seulement avec du plaisir, mais avec de la joie , votre lettre par la voie de M. le prince de Craon.
■ Plaisanterie fondée sur oe que ce voyageur, étant arrivé en Languedoc précisément dans le tempe que les Aatricbiens et les Plémontais avaient passé le Yar, à la question que quelqu'un lui fit de quelle partie de ritalie il était, répondit en plaisantant : « De la république de Saint-Marin , qui n*a rien H à démêler avec les puissances belligérantes. » Cette réponse avait été prise au sérieux par quelques personnes , conjecturant qu*U était venu sans doute en France pour négocter en faveur des intérêts de sa répubUque.
Comme VOUS ne me parlez point du tout de fotie santé, et que vous écrivez, cela me &it pnaer qu'elle est bonne, et c'est un grand l»en pour moi. M. Gendron * n'est pas mort, et je compte que to» le reverrez encore à Paris, se promenant dira sod jardin avec sa petite canne , trèsHOoodeste admirateur des jésuites et des médecins. Pour parler ié> rieusement , c'est im grand bonheur que cet exedlent homme vive encore , et nous aurions perda beaucoup vous et moi. Il commence toujours avec moi ses conservations par ces mots : « Avez-Tou des nouvelles de M. Cerati? » L'abbé de Goaseoest de retour de son voyage de Languedoc ou de Provence : vous l'avez vu un homme de bien; il s'eit perdu comme David et Salomon. Le prince deWorttemberg m'a dit qu'il avait vingt et une femmes sur son compte : il dit qu'il aime mieux qu'on loi ai donne vingt et une qu'ime; et il pourrait bien avoir raison. Au milieu de sa galanterie vagabonde , il m laisse pas de remporter des prix à l'académie de Paris : il a gagné le prix de l'année passée, et il vient de gagner celui de cette année.
Je dois quitter Paris dans une quinzaine de joon, et passer quatre ou cinq mois dans ma provioee; et je mènerai ll'abbé de GuaSco à la Brède*, bm pénitence de ses dérèglements. Madame GeofiW
> AndeoinédedndurégeiityetleiBeaknroeiilMeqvllr eût eo France. H s'était leUré à Auteuil, dansUniiioadi Despréaux son ami , qu*il avait achetée après sa mort CM par aUusion à ces deux bâtes que Montesquica, m pna^ nant un Jour avec M. Gendron, fit ces deux vêts, qiÂl ta* drait mettre , dit-n en badinant , sur la porte :
▲poUon, dans eei li«u prêt à dom seMuir, Qaitte l'art de riaer po«r eelol de gvérir.
Voltaire avait fait quatre vers sur le même sqiet ** Ce Dédedn n*exerçait plus sa profession que pour qndqaei u^ n*aimaitpas à parler de médecine, et U avait une tiéHMO^ cre idée des médecins en génâral. U vtvatt d'ODS boiiV rente viagère , faisant beaucoup d'aumônes aux psaneM^ malades indigents qu'il voyait tons les Jours, etsox poi^ tés pour cause de Jansénisme.
* n était aUé k Bordeaux pour y passer un hiver, ctUeo» pagnle de Montesquieu l'y retint trois ans, Pun etraotiei'W* cupant beaueoup à l'étude et s'amusant à ragrioaltoie.
3 Femme de M. GeoffUn, entrepreneur des glaces, qui pV" caractèredesonespritetparrétat desafortnne.étsltparvnei àattirerchezeUeunesodétéde beaux-esprits, degmséewg' etd'artistes, auxquelselledonnattàdJner deux folspsriaMWi s'arrogeantpar là unesorte deâkrtatoresur l'esprit, kstilffv» le mérite , et la bonne compagnie. Sa maison était n>^J^ dez-vous de plusieurs seigneurs et dames , qui s'arrangww pour aller souper cbes elle. La société que Ton troofsU dtfi
* Voici ces qoatre vert, qoi, dv reete, oat été HurmiH^ Voltaire t
Cwt id k vrai Panaaee
Det vrais eafuits d'Apollon :
Sow le nom de Bolleaa » eee lieux virent Horace i Btculepc j parait io«i le aoa de Geadrea.
a toujours très-bonne compagnie chez elle, et elle voudrait fort bien que vous augmentassiez le cercle , et moi aussi. Vous me feriez un grand plaisir si vous vouliez faire un peu ma cour à M. le prince de Craon, et lui dire combien je serais content de la fortune si elle m'avait par hasard, dans quelque moment de ma vie , approché de lui : en attendant, je fais ma cour à un homme qui le représentera bien; c'est M. le prince de Beauvau : soyez sûr qu'il y a en lui plus d'étoffe qu'il n'en faut pour feire un grand homme. Je me pique de savoir deviner les gens qui iront à la gloire ; et je ne me suis pas beaucoup trompé.
A l'égard de mon ouvrage, je vous dirai mon secret : on l'imprime dans les pays étrangers. Je continue à vous dire ceci dans un grand secret : il aura deux volumes in-4« , dont il y en a un d'imprimé; mais on ne le débitera que lorsque l'autre sera fait; sitôt qu'on le débitera, vous en aurez un, que je mettrai entre vos mains conmie l'hommage que je vous Élis de mes terres. J'ai pensé me tuer depuis 1 trois mois, afin d'achever un morceau que je veux y mettre, qui sera un livre de l'origine et des révolutions de nos lois civiles de France. Cela formera trois heures de lecture ; mais je vous assure que cela m'a coûté tant de travail , que mes cheveux en sont blandiis. Il faudrait , pour que mon ouvrage fût complet, que je pusse adiever deux livres sur les lois féodales. Je crois avoir fait des découvertes sur une matière la plus obscure que nous ayons, qui est pourtant une magnifique matière. Si je puis être en repos à ma campagne pendant trois mois , je compte que je donnerai la dernière main à ces deux livres, sinon mon ouvrage s'en passera. La faveur que votre ami M. Hein me fait de venir souvent passer les matinées chez moi fait un grand tort à mon ouvrage, tant par la corruption de son français que par la longueur de ses détails : il vient me demander de ▼os nouvelles ; il se plaint beaucoup d'une ancienne dysurie que M. le Dran a beaucoup de peine à vaincre, et il ne me paraît guère plus content du statbouder. Je vous prie de me conserver toujours
cette maitoa ftdiait qoe les étnngen cherchaient à y être hitio • doUf . La mattrease da logis ne négligeait pas d*atUrer ceux gui pocnraient loi donner do relief. Elle était très-officieuse pour ceux qui loi convenaient , et sans miséricorde pour ceox qoi ne loi plaisaient pas. Elle disait qa*eile tenait toujours sor sa table une aune pour mesurer ceux qui se présentaient chex eUe pour la première fois; et c*était parceUe aune qu'elle Jugeait, disaitelle, à l*oeil, s*Us pouvaient devenir des meubles qui convinssent à sa maison. On prétend néanmoins que cette aune était quelquefois iNiUve. Toot cela loi mérita déjouer, dans la comédie des PhUo9oph€t, on lOle dont on dit qo*elle ne fut pas fort flattée.
un peu de part dans votre amitié, et de ne pas oublier celui qui vous aime et vous respecte.
De Paris, ce 18 mars 1748.