‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 90 sur 975 · SOLIM A USBEK · texte numérisé non relu

SOLIM A USBEK

A Paris.

Je me plains, magnifique seigneur, et je te plains : jamais serviteur fidèle n'est descendu dans l'affireux désespoir où je suis. Voici tes malheurs et les miens ; je ne t'en écris qu'en tremblant.

Je jure, par tous les prophètes du ciel, que depuis que tu m'as confié tes femmes j'ai veillé nuit et jour sur elles ; que je n'ai jamais suspendu un moment le cours de mes inquiétudes. J'ai commencé mon ministère par les châtiments, et je les ai suspendus sans

sortir de mon austérité naturelle.

Mais que dis-je? pourquoi te vanter ici une fidé-

ito

LETTRES PERSANES

litéqui t*aété inutile? Oublie tous mes services passés; regarde-moi comme un traître, et punis-moi de tous les crimes que je n'ai pu empédier.

Roxane, la superbe Roxane... 6 ciel I à qui se fler désormais? Tu soupçonnais Zachi, et tu airais pour Roxane une sécurité entière; mais sa vertu farouche était une cruelle imposture; c*était le voile de sa perfidie. Je Tai surprise dans les bras d*un jeune homme, qui , dès qu'il s*est vu découvert, est venu sur moi ; il m'a donné deux coups de poignard. Les eunuques, accourus au bruit, l'ont entouré : il s'est défendu longtemps , en a blessé plusieurs ; il voulait même rentrer dans la chambre pour mourir, disaitHl , aux yeux de Roxane. Mais enfin il a cédé au nombre , et il est tombé à nos pieds.

Je ne sais si j'attendrai , sublime seigneur, tes ordres sévères. Tu as mis ta vengeance en mes mains ;

je ne dois pas la faire languir.

])aiéfaildl8pahan,lesdela lunedeRebiab l, i7ao.

SOLDf A USBEK.

A Paris.

J'ai pris mon parti; tes malheurs vontdisparattre : je vais punir.

Je sens déjà une joie secrète ; mon âme et la tienne vont s'apaiser : nous allons exterminer le crime, et l'innocence va pâlir.

O vous qui semblez n'être faites que pour ignorer tous vos sens et être indignées de vos désirs mêmes, éternelles victimes delà honte et de la pudeur, que ne puis-je vous faire entrer à grands flots dans ce sérail malheureux, pour vous voir étonnées de tout le sang que j'y vais répandre ?

IKiiéraUd*l8pAlian,le8de]aliiiie4leRdMabl, 1790.

LETTRE CLXL

ROXANB A VSBBK.

A Paris.

Oui,|e l*ai trompé : j'ai séduH tes eunuques; je me suis jouée de ta jalousie, et j'ai su de ton afiteox sérail faire 1» lieu de délices et de plaisirs.

Je vais mourir; le poison va couler dns mes vei-

nes : car que ferais-je ici , puisque le seul homme qui me retenait à la vie n'est plus? Je meurs ; mais monombres'envolebien accompagnée: je viensd'envoyer devant moi ces gardiens sacrilèges qui ont répaiMhi le phis beau sang du monde.

Comment as-tu pensé que je fosse assez crédule pour m'imaginer que je ne fosse dans le monde qu^ pour adorer tes caprices; que, pendant que tu te permets tout , tu eusses le droit d'affliger toiû mes désirs? Pïon : j'ai pu vivre dans la servitude; mais j'ai toujours été libre. Pai réformé tes lois sur celles de la nature ; et mon esprit s'est toujours tenu dans rindépendance.

Tu devrais me rendre grâces encore du sacrifice que je t'ai fait ; de ce que je me suis abaissée jusqu'à te paraître fidèle; de ce que j'ai lâchement gardé dans mon cœur ce que j'aurais dû feire paraître à toute la terre; enfin de ce que j'ai profané la vertu en souffrant qu'on appelât de ce nom ma soumission h tes fantaisies.

Tu étais étonné de ne point trouver en moi les transports de l'amour : si tu m'avais bien connue ; tu y aurais trouvé toute la violence de la haine.

Mais tu as eu longtemps l'avantage de croire qu'un cœur comme le mien t'était soumis. Nous étions tous deux heureux : tu me croyais trompée, et je te trompais.

Ce langage, sans doute, te paraît nouveau. Serait-il possible qu'après t'avoir accablé de douleurs je te forçasse encore d'admirer mon courage ? Mais c'en est hit : le poison me consume : ma force m'abandonne ; la plume me tombe des mains ; je seds af> faiblir jusqu'à ma haine ; je me meurs '.

DaséraOd*Ispahan,lesdelalaiiedeReblabl, ITSO.

* CetoQvngefiiMlgiéiafonMépistolatieetqaelqaei teintes romanesques, n'est aa fSDod que le réfiiKat dei premièKs ét^ des de Tautear, et une des esquisses da snod ovwngt de •• vie, de VEtprU dn LoU, Voltaire, dans un de ces accès d'hameor trop fréquents chez loi, a dit des £<ttr«tp«rMiMf.-« Ce Une si frivole et si aisé à faire. » n n*est pas si frivole, ce me semble; et Ton peut douter que beaucoup d*autres Tenssent fait aitémenL 11 y a bien quelqiies idées ou peu Justes, ou hasardées, ou susoepUMet d*étre eontradites avee fondament; fauteur y parait forttrinehant : U étaU jeune. Dane la suite , U dédda beaucoup moins, discuta beaucoup plus, et instruisU lieauooup mieux : U était mûr. Jl*aillenrs, U faut songer quefaousIenondlIsbekoadeBica, U risque souvent , pour s*ésayer avec le lecteur, ce quil n'aurait peul-étre pas risqué en son propre nom. Lui-même a soin de nous en ayertir lorsqull fait dire à son pMkMopbe persan qa'tf m pris U gcûi dupaifi oàileitQà France), 06 Ton aime à mmitmir des opkUatu exiraordmeèhret et à fiduire touienparmdaxee. (La. h.)

FIN DBS LSTTBES PB18A1I18.

LE TEMPLE DE GNIDE

Nom nutrmura vatra, colmmbm,

Bmekianonhedera, noHvincanioÊCulaeoi%eh^, (Fragm. d*iiD épltbal. de remperear GaWeo. )

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