‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 905 sur 975 · A M. VERNET, pASTsm smssB · texte numérisé non relu

A M. VERNET, pASTsm smssB

Si je ne suis point trop présomptueux , moosiear, pour répondre à une question qui n'est que trèsincidemment de mon ressort, je vous dirai que je suis très-fortement de votre avis, et qu'il ne hxX point, dans une traduction de la Bible, emplojff le terme de vous au singulier. Vos raisons mepanissent extrêmement solides. Je pense qu'une versioi de l'Écriture n'est point une affaire de mode, ni même une affaire d'urbanité.

1<» Il me semble que Tesprit de la religion proUstante a toiyours été de ramener les traductions de l'Écriture à l'original. Il ne faut donc point, ea traduisant, faire attention aux délicatesses modernes. Ces délicatesses mêmes ne sont point tant dei délicatesses, puisqu'elles nous viennent de la btf* barie.

r Le style de l'Écriture est plnsordinaireoent poétique, et nous avons très-souvent gardé ie^ pour la poésie :

MS

Gnsd roi, MMe de ttinere, ou je ceMe d'écrire'.

ce qui est bien autrement noble que si Despréaux avait dit :

Grand roi , cessex de yaincre.

3» Dans Totre religion protestante, quoique vous ayez touIu lire foUre Bible en langue tuIgaire , vous avez eu pourtant Fidée d'en conserver le cai%ietère original , et vous vous êtes éloignés des feçons de parler vulgaires. Une preuve de cela , c'est que vous avez traduit la poésie par la

poésie.

4* Ifotre vtms étant un défaut des langues modernes, il ne faut point choquer la nature en général, et resprit de l'ouvrage en particulier, pour suivre ce défeait. Je crois que ces remarques auraient lieu dans quelque livre sacré de quelque religioD quelconque , comme l'Jlcoran, les livres religieux des Gtiébres, etc. Conune la nature de ces tirreS est de devoir être respectés, Il sera toujours bon de leur Caire garder leur caractère original , et de ne leur donner jamais des tours d'expressions populaires. L'exemple de nos traducteurs, qui ont affecté le plus beau langage, ne doit pas plus être suivi que celui du prédicateur du Spectatew anglais^ qui disait que, s'il ne craignait pas de manquer à la politesse et aux égards qu'il devait avoir pour ses auditeurs, il prendrait la liberté de leur dire que leurs déportements les mèneraient tout droit en enfer. Ainsi je crois, monsieur, que si l'on vent faire à Genève une traduction de rÉcriture, qui soit mâle et forte, il faut s'éloigner, autant qu'on pourra, des nouvelles affectations. Elles déplurent même parmi nous dès le commencement; et l'on sait combien le P. Bouhôors se rendit là-dessus ridicule, lorsqu'il voulut traduire le I^ouveau Testament. Conservez-j l'air et l'habit antiques ; peignez comme Michel-Ange peignait; et quand vous descendrez aux choses moins grandes, peignez comme Raphaël a peint dans les U)ge$ du FaUcan les héros de l'Ancien Testament , avec sa simplicité et sa pureté. J'ai l'honneur d'être , etc.

26 Juin 1760.

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