A L'ABBÉ VENUTI
Mon cher abbé , je ne vous ai point encore remercié de la place distinguée que vous m'avez donnée dans votre Triomphe *. Vous êtes Pétrarque , et moi pas grand'chose. M. Tercier ^ m'a écrit pour me prier de vous remercier de sa part de l'exemplaire que je lui ai envoyé, et de vous dire que M . de Puysieux avait reçu le sien avec toute sorte de saUsfacv tion 4. Comme il n'en est venu ici que très-peu d'exemplaires, je ne pourrai pas encore vous mar-
< Ce ne fut en effet qu^après le voyage qae M. de la Condamine fit à Londres pea d'années après , qu'on vit à Paris les premiers essais de l'inoeulation.
> L'ouYrage de l'abbé VenuU est Intitulé Tl Trionfo leUerario délia Prancia, On y trouve œt éloge de Montesquieu : « SI « une Ame aussi grande se fût trouvée dans le sénat latin, la « liberté romaine vivrait encore, à la honte des tyrans. Son nom Cl surpassera la durée du roc Tarpéien; et sa gloire ne périra' « point tant que Thémls dictera ses oracles sur les bancs flrai»- « çais, et que les dieux conserveront à l'homme le don de la « pensée. »
* Premier commis du bureau des affaires étrangères, et membre de l'académie des beUes-lettres. Cest lui qui essuya depuis tantde mortifications, pour avoir, en quaUté de censeur royal, donné son approbation à Fimpression du Uvre de V Esprit.
* Lepoémedefabbé VenutI «t dédié à M. de PuysSeuz, alors ministre des affaires étrangères.
quer le sueoèft de Touvrage ; mais j'en ai ouï dire du bien , et il me paraît que c'est de la belle poésie.
Etteficerepoetam
Piérides *
Je ne puis pas m'accoutumer, mon cher abbé, à penser que vous n'êtes plus à Bordeaux : vous y avez laissé bien des amis qui vous regrettent beaucoup; je vous assure que je suis bien de ce nombre. Écrivez-moi quelquefois. J'exécuterai vos ordres à l'égard d*Huart, et du recueil de vos dissertations : vous vous mettez très-fort à la raison, et il doit sentir votre générosité. Je verrai M. de la Cume; je ferai parler à l'abbé le Beuf ; et, s'il n'est point un bœuf, il verra qu'il y a très-peu à corriger à votre dissertation. Le président Barbot devrait bien vous trouver la dissertation perdue comme une épingle dans la botte de foin de son cabinet. Effectivement il est bien ridicule d'avoir fait une incivilité à madame de Pontac, en faisant tant valoir une augmentation de loyer que nous ne toucherons point, et d'avoir si mal fait les affaires de l'académie ^. Envoyez-moi ce que vous voulez ajouter aux dissertations que j'ai. Adieu, mon cher abbé; je vous salue et embrasse de tout mon coeur.
De Pirto, k 10 octobre 1710.