‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 912 sur 975 · A L'ABBÉ VENUTl · texte numérisé non relu

A L'ABBÉ VENUTl

A Bordeaax.

Il ne faut point vous flatter, mon cher aUé, qns Fabbé de Guasco vous écrive de sa main triomphan* te : mais si vous étiez ex-ministre des afifoîres étrangères , il irait dîner chez vous pour vous consoler K Le pauvre homme promène son œil sur toutes les brochures , prodigue son mauvais estomac pour toutes les invitations de dîners d'ambassadeurs , et rmae sa poitrine au service de son Cantemir et de son dément V ; ce qui n'empêche pas qu'on ne troareson

> BibUottiécaireducardiDaldeEohanànidteldeSoalriBa, chez qui s^assemblaient, un Jour de la semaine, ptusieiin asae de lettres, pour converser sur des sa^tU Uttéraiicft. Monlesquieu, dans le premier voyage qu*U fit à Paris, fréqeeotatt cette société ; mais trouvant que le P. TonmemiM Toolsit j dominer, et obliger tout le monde à se plier à ses opinioiis, U 8*en reUra peu à peu, et n*en cacha pas la raison. Depols las le P. Toumemine commença à lui faire des tracaseeriee dans Tespritdu cardinal de Fleury, au sqjet des lettres Penama. On a entendu conter à Montesquieu que, pour t^ea vcofcr. Il ne fit Jamais autre chose que de demander à ceux qui toi m pariatent : « Qui est-ce que ce P. Toumemine? le n'en aij— sis M entendu parler. » Ce qui piquait beaucoup ee Jésntte, qitf aimait passionnément la célébrité.

> Onaplusienrs volumes de fort bons méaoiwiUtléwiwstm dans cette société, recueillis par ce bibUothécaire de POralofan chez qui s'assemblaient ceux qui en sont les antmrs. !~ tes, ennemis des PP. de roratoire, ayant peint ces as quoique simplement littéraires , comme danaereoset, à des disputes théologiques du temps, elles ftirent dtaootes. non sans un pr^Û^ioe réel pour les proerès de la liUécatKe.

> Le marquis d'Argensoo, après avoir quitté le miiilstÉre des affaires étrangères, donnait à dtner à ses eonfirèfct tous tas Jours d'assemblée d* Académie, se dédommaeeant ahttl de sea

désœuvrement avec les geu de lettres ; et Fabbé de Goas». qui venait d'être reçu à l'académte des inscriptions, avait «M admis au nombre des convives.

Cantemir très-firoid; mais c'est la faute de feu son excellence.

Il n*j a aucune apparence que j*aille en Angleterre : il y en a une beaucoup plus grande que firai à la Brède. récris une lettre de félicitation au président de la Lane sur sa réception à l'Académie. Bonardi, le président de cette Académie, qui est venu me raconter tous les dîners qu'il a ùits depuis son retour chez tous les beaux-esprits qui dînent, avec la généalogie > des dîneurs, m'a dit qu'il adressait sa première lettre à notre nou: ▼et associé ; et je pense que vous trouverez que cela est dans les r^les. Je vois que notre Académie se change en société de francs-maçons, excepté qu'on n'y boit ni qu'on n'y chante : mais on y bÂtit, et M. de Toumi est notre roi Hiram qui nous fournira les ouvriers; mais je doute qu'il nous fournisse les cèdres.

Je crois que le prince de Craon est actuellement à Vienne; mais il va arriver en Lorraine; et si vous m'envoyez votre lettre, je la lui ferai tenir. Il fout bien que je vous donne des nouvelles dltalie sur V Esprit des Lais; M. le duc de Nivernois en écrivit il y a trois semaines à M. de Forcalquier, d'une manière que je ne saurais vous répéter sans rougir. Il y a deux jours qu'il en reçut une autre, dans laquelle il marque que, dès qu'il parut à Turin, le roi de Sardaigne le lut. Il ne m'est pas non plus permis de répéter ce qu'il en dit; je vous dirai seulement le fkit; c'est qu'il le donna pour le lire à son fils le duc de Savoie', qui l'a lu deux fois : le marquis de Breil me mande qu'il lui a dit qu'il voulait le lire toute sa vie. Il y a bien de la fetuité à moi de vous mander ceci; mais comme c'est un fait public, il vaut autant que je le dise qu'un autre; et vous concevez bien que je dois aveuglément approuver le jugement des princes d'Italie. Le marquis de Breil me mande que S. A. R. le duc de Savoie a un génie prodigieux, une conception et un bon sens admirables.

Huart , libraire, voudrait fort avoir la traduction en vers latins du docteur Gansy*, du com-

* AUiBlan à Fétode parUcollère qiiHm gentnhomme de LangDMloe a fiidt* de la géoéAlogle de loutes les funUlei, et qo*U prend ordinairement pour texte des entreUens qn'U aavec le* giof de lettres. L*abbé Bonardi , dans sa toamée , était allé visiter œ gentUboniae dans son cbéteaa, et s'était fort enrichi d*énidltlon géoéalogtque , dont U ne manquait pas de fsira éta> lage à son retoor àParls; U allait qoelgoefois en favoriser

Monteioleo;oa qui renaqyaitbeaœoop, et hiilMsait perdre des lieom prédeoses.

» Savant Anglais qui , pendant le séyoor quH fit à Paris, entreprit la traduction du Temple de Gnidt en vers latins; m^sUn'en donna que le premier chant, n était enUèrcment avenue.

mencement du Temple de Gnide , pour en faire un corps avec la traduction italienne ' et l'original : voyez lequel des deux vous pourriez faire , ou de me faire copier ces vers, ou d'obtenir de l'académie de m'envoyer l'imprimé, que je vous renverrais ensuite.

A propos, le portrait* de madame de Mirepoix a fait à Paris et à Versailles une très-grande fortune : je n'y ai point contribué pour la ville de Bordeaux, car j'avais détadié l'abbé de Guasco pour en dire du mal. Vous, qui êtes l'esprit de tous les esprits, vous devriez le traduire, et j'enverrais votre traduction à madame de Mirepoix à Londres; je n'en ai point de copie , mais le président Barbot l'a, ou bien M. Dupin. Vous savez que tout ceci est une badincrie qui fut faite à Lunéville pour amuser tue minute le roi de Pologne.

J'oubliais de vous dire que tout est compensé dans ce monde. Je vous ai parlé des jugements de l'Italie sur V Esprit des Lois. Il va paraître à Paris une ample critique faite par M. Dupin, fermier général. Ainsi me voilà cité au tribunal de la maltôte, conune j'ai été cité à celui du Journal de Trévoux. Adieu , mon cher abbé. Voilà une épttre à la Bonardi^. Je vous sahie et embrasse de tout mon cœur.

Ne soyez point la dupe de la traduction; car si Tesprit ne vous en dit rien , il ne vaut pas la peine que vous y rériez un quart d'heure.

De Paris, le . . .

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