‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 924 sur 975 · AU MÉBIE · texte numérisé non relu

AU MÉBIE

Soyez le bien arrivé , mon cher comte. Je regrette beaucoup de n'avoir pas été à Paris pour vous reee> voir. On dit que ma concierge , mademoiselle BHli , vous a pris pour im revenant, et a ùit un si grand cri en vous voyant, que tous les voisins en ont été éveillés. Je vous remercie de la manière dont vous avez reçu mon protégé. Je serai à Paris aa mois de septembre. Si vous êtes de retour de votre résidence avant que je sois arrivé , vous me ferez honneur de porter votre bréviaire dans mon appartement; je compte pourtant y être arrivé avant vous. Vous êtes un homme extraordinaire : à peine avez-voue bu de l'eau des citernes de Toumay , que Tonmay vous envoie en députation. Jamais cela n'est anÎTé à aucun chanoine.

Je vous dirai que la Sorbonne , peu contmte der applaudissements qu'elle recevait sur Fouvrage de ses députés , en a nommé d'autres pour réexaminer l'affairer Je suis là-dessus extrêmement tranquille : ils ne peuvent dire que ce que le nouvelliste ecclésiastique a dit; et je leur dirai ce que j'ai dit au nouvelliste ecclésiastique : ils ne sont pas plus forts avec ce nouvelliste, et ce nouvelliste n'est pas phis fort avec eux. 11 faut toujours en revenir à la raison : mon livre est un livre de politique, et non pas un livre de théologie; et leurs objections sont dans leurs têtes, et non pas dans mon livre.

Quant à Voltaire, il a trop d'esprit potur m'entendre : tous les livres qu'il lit, il les fait; après quoi il approuve ou critique ce qu'il a fait. Je vous remercie de la critique du P. Gerdil * : elle est faite parim homme qui mériterait de m'entendre, et puis de me critiquer. Je serais bien aise, mon cher ami , de vous revoir à Paris : vous me parleriez de toute l'Europe; moi je vous parlerais de mon village de la Brède, et de mon château, qui est à présent digne de recevoir celui qui a parcouru tous les pays :

nnutrUei(errœ,riumeroqvecareBiiiarena, Afeiuorem^.....

» Après avoir tenu longtemps rifiçprttifefXotf SOT kflo^ la Sorbonne Jugea à propos de suspendre sa censure. Ceit mm des plus sages démarches qu'elle eût faites depuis loBctem^.

* Bamabite, alors professeur à TuniTersIté de Turin, «t depuis précepteur du prince de Piémont , homme de mérite, et qui 8*est évertué h criUquer Locke, Ifontesquiia et J. J. Rousseau.

3 HoRAT. Lyrlc. I, xxvni, l.

Madame de Montesquieu, M. le doyen de Saint- Surin, et moi, sommes actuellement à Baron, qui est une maison entre deux mers, que tous n*ayez point vue. Mon fils est à Clérac, que je lui ai donné pour son domaine avec Montesquieu. Je pars dans quelques jours pour Nisor, abbaye de mon frère : nous passerons par Toulouse, où je rendrai mes respects à Clémence Isaure < , que vous connaissez si bien. Si vous y gagnez le prix, mandez-le-moi ; je prendrai votre médaille en passant : aussi bien n*avez-vous plus la ressource des intendants. Il vous faudrait un homme uniquement occupé à recueillir les médailles que vous remportez. Si vous voulez , je ferai aussi à Toulouse une visite de votre part à Yotre muse, madame Montégu *, pourvu que je ne sois pas obligé de lui parler, conmie vous faites, en langage poétique.

Je vous dirai pour nouvelle que les jurats comblent dans ce moment les excavations quils avaient faites devant Tacadémie. Si les Hollandais avaient aussi bien défendu Berg-op-Zoom que monsieur notre intendant ^ a défendu ses fossés, nous n*aurions pas aujourd'hui la paix. Cest une terrible chose que de plaider contre un intendant; mais c*est une chose bien douce que de gagner un procès contre un intendant. Si vous avez quelque relation avec M. de Larrey, à la Haye, parlez-lui, je vous prie, de notre tendre amitié. Je suis bien aise d'apprendre son crédit à la cour du stathouder : il mérite la confiance qu*on a en lui. Je vous embrasse, mon cher ami, de tout mon cœur.

De Raymond en Gascogne , le 8 août 1752. 68.— A M" LA MARQUISE DU DEFFAND.

Bon cela : le chevalier de Laurency , je l'adorerais s'il ne venait pas de si bonne heure; mais je ▼ois que vous êtes arrivée à un point de perfection que cela ne vous fait rien. Je suis ravi , madame , d'apprendre que vous avez de la gaieté : vous en aviez asçez pour nous. Tai, je vous assure, un grand déshr de vous revoir. Voilà bien des changements de place : ce sont les quatre coins.

J'ai reçu une lettre de madame la duchesse de

' Toat le monde sait qa*el1e fonda le premier prix des Jeux floraax dans le quatorzième siècle. On conserve sa statae avec bonneor k VhàielL de ville, et on la couronne de fleurs tous les

* Femme d*un trésorier de France , qui culttvalt la poMe.

3 M. de Toumi, intendant de Guienne, à qui Bordeaux doit ses embeUissements , pour suivre le plan des édifices qu*il eotreprit, et faire un alignement, venait de masquer le bel l»ô(dderacadémle; die s^y opposa, et obUnt de la cour gain 4e CMM oootre nntendant

Mirepoix. J'ai cm quelque temps qu'elle me querellerait de ce qu'elle ne m'avait pas îali réponse. Madame , je voudrais être à Paris , être votze philosophe et ne l'être point , vous chercha, marcher à votre suite, et vous voir beaucoup. J'ai rhonneur madame', de vous présenter mes respects.

De la Brède, le IS août I76S.

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