‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 939 sur 975 · A L'ABRÉ DE GUASCa · texte numérisé non relu

A L'ABRÉ DE GUASCa

Mon cher abbé, vous devez avoir reçu la lettre que je vous ai écrite à Naples, et celle que j'adressai depuis à Rome. Je ne sais plus en quel endroit de la terre vous êtes; mais comme une de vos lettres du 18 août 1754 est datée de Bologne, et m* nonce votre prochain retour à Paris, j! celle-ci à Turin, chez votre ami le marquis as Barol.

Je commence par vous remercier de votre venir pour le vin de Roche-Maurin, vous que je ferai avec la plus grande attention la mission de mylord Pembrock. C'est à mes et surtout à vous, qm en valez dix autres, que je dois la réputation où s'est mis mon vin dans rSnrope depuis trois ou quatre ans : à l'égard de far^

geot, c'est une diosedootje ne suis jamais pressé, Dieu merci. Vous ne me dites point si milord Pembrock , qui tous parle de mon vin , se souvient de ma personne : je Fai quitté il y a deux ans plein d'estime et d'admiration pour ses belles qualités. Vous ne me parlez point de M. de Cloife, qui était avec lui , et qui est un homme d'un très-grand mérite, très-éclairé, et que je voudrais fort revoir. Je voudrais bien que vos affaires vous permissent de passer de Turin à Bordeaux. Vous qui voyez tout, pourquoi ne voudriez-vous point voir vos amis , et la Brède, toute prête à vous recevoir avec des /o? Mais peut-être vous verrai-je à Paris , où vous ne devez point chercher d'autre logement que chez moi, d'autant plus que la dame Boyer, votre ancienne hôtesse, n'est plus : dès que je vous saurai arrivé, je hâterai mon départ.

Ce que vous a dit le pape de la lettre ' de Louis XrV à Clément XI est une anecdote assez curieuse. Le confesseur n'eut pas sans doute plus de difficulté d'engager le roi à promettre qu'il ferait rétracter les quatre propositions du clergé, qu'il en eut à faire promettre que sa bulle serait reçue sans contradiction; mais les rois ne peuvent pas tenir tout ce qu'ils promettent, parce qu'ils promettent quelquefols sur la foi de ceux qui les conseillent suivant leurs intérêts. Adieu, mon cher comte; je vous salue et embrasse mille fois.

De la Brède, le 3 novembre 17M.

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