‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 942 sur 975 · A L'ABBÉ DE GUASCO · texte numérisé non relu

A L'ABBÉ DE GUASCO

Soyez Je bienvenu , mon cher comte : je ne doute pas que ma concierge n'ait fait bien échauffer votre lit. Fatigué comme vous deviez l'être d'avoir couru la poste jour et nuit , et des courses faites à Fontainebleau, vous aviez besoin de ces petits soins pour vous remettre. Vous ne devez point partir de ma chambre ni de Paris que je n'arrive, à moins que vous ne vouliez venir à Paris pour me dire que je ne vous verrai pas. Je vois que vous allez en Flandre. Je voudrais bien que vous eussiez d'assez bonnes raisons de rester avec nous, outre celle de Tamîtié; mais je vois qu'il ne faudra bientôt plus à nos prélats pour coopérateurs que des Doyenart >. Eussiez-vous cru que ce laquais, métamorphosé en prêtre fanatique, conservant les sentiments de son premier état, parvint à obtenir une dignité dans un chapitre? J'aurai bien des choses à vous dire, si je vous trouve à Paris , comme je l'espère ; car vous ne brûlerez pas un ami qui abandonne ses foyers pour vous courir, dès qu'il sait où vous prendre.

Je suis fort aise que S. A. R. monseigneur le duc de Savoie agrée la dédicace de votre traduction italienne , et très-flatté que mon ouvrage paraisse en

' Pierre Doyenart fiit laquais du fils de Montesquieu pendant qu'il était au collège de Louis le Grand. Ayant appris un peu de laUn , il se sentit appelé à Tétat ecclésiastique, et, par rintercesslon d'une dame, il obtint derévèque de Bayonne, dont U était diocésain , la permission d'en prendre Thablt Devenu prêtre et l)énéficier dans l'église, U vint à Paris demander à Montesquieu sa protecUon auprès du comte de Maurepas, pour avoir un meUIeur bénéfice qui vaquait, le priant à cet effet de se charger d'une requête pour le ministre. Elle débutait par ces mots : « Pierre Doyenart , prêtre du diocèse de R Bayonne, d-derant employé par feu monsieur l'évèque à <t découvrir les complots des Jansénistes, ces perfides qui nt «I connaissaient ni pape, ni roi , etc. » Montesquieu , ayant lu ce début, plia la requête, la rendit au suppliant, et lui dit : « AUez, monsieur, la présenter vous-même; elle vous feica N honneur, et aura plus d'effet : mais auparavant passez dans « ma cuisine, pour d^euner avec mes valets. » Ce que M. Doyenart n'oubliait Jamais dans les visites fréquentes qu*il faisait à son ancien maître. l\ parvint, quelque temps après , à la dignité de trésorier dans un chapitre d'une catiiédrale en Bretagne.

LEirass.

Italie sons de si grands auspices. J*ai achevé de lire cette traduction , et j'ai trouvé partout mes pensées rendues aussi clairement que fidèlement. Votre épttre dédicatoire est aussi très-bien ; mais je ne suis pas assez fort dans la langue italienne pour juger de la diction.

Je trouve le projet et le plan de vôtre traité sur les statues' intéressant et beau, et je sms bien curieux de le voir. Adieu.

De le Brède, le 2 décembre I7M.

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