‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 1011 sur 1093 · NICOMEDE, ACTE II, SCE>E III · texte numérisé non relu

NICOMEDE, ACTE II, SCE>E III

Sous les lois du plus jeune on vit marcher l'aîné. Les bords de l'Hellespont , ceux de la mer Egée , Le reste de l'Asie à nos cotés rangée ' , Offrent une matière à son ambition,...

FLAMIMUS.

Rome prend tout ce reste en sa protection ; Et vous n'y pouvez plus étendre vos conquêtes Sans attirer sur vous d'effroyables tempêtes.

KICOMÈBE.

J'ignore sur ce point les volontés du roi : Mais peut-être qu'un jour je dépendrai de moi; Et nous verrons alors l'effet de ces menaces.

Vous pouvez cependant faire munir ces places , Préparer un obstacle à mes nouveaux desseins , Disposer de bonne heure un secours de Romains , Et si Flaminius en est le capitaine ^, IN'ous pourrons lui trouver un lac de Trasimène.

PEUSIAS.

Prince, vous abusez trop tôt de ma bonté : Le rang d'ambassadeur doit être respecté ; Et l'honneur souverain qu'ici je vous défère....

MCOMÈDE.

Ou laissez-moi parler, sire , ou faites-moi taire ^. Je ne sais point répondre autrement pour un roi A qui dessus son trône on veut faire la loi.

PBUSIAS.

Vous m'offensez moi-même en parlant de la sorte ; Et vous devez dompter l'ardeur qui vous emporte.

Quoi ! je verrai, seigneur, qu'on borne vos États,

Qu'au milieu de ma course on m'arrête le bras ,

Que de vous menacer on a même l'audace ,

Et je ne rendrai point menace pour menace!

Et je remercîrai qui me dit hautement

Qu'il ne m'est plus permis de vaincre impunément!

PBUSIAS, à Flaminius.

Seigneur, vous pardonnez aux chaleurs de son âge ^ ; Le temps et la raison pourront le rendre sage ^.

' Voltaire , après avoir lu dans une mauvaise édition ,

Le reste de l'Asie à nos côtes rangée ,

critique ce vers de la manière suivante : « On dit ranger les côtes, mais non rangée aux côtes, pour située; c'est un barbarisme. »

^ Ce n'est pas le même Flaminius , mais l'insulte n'en est pas moindre. (V.) — L'ambassadeur Flaminius n'est pas, à la vérité, le lils de ce Flaminius qui combattit si malheureusement à Trasimène ; et c'est ce que Voltaire aurait dû expliquer plus tôt et plus clairement : mais le spectateur le suppose avec Corneille; et, si l'on admet la supposition, l'ironie devient nonseulement accablante, mais nous n'en connaissons pas dans notre langue qui ait autant de force et de noblesse.{P.)

3 II est clair qu'il n'y a pas de milieu ; le sens est : puisque vous m'avez fait répondre pour vous, laissez-moi parler. (V.)

4 Chaleurs de son âge, mauvais terme. (V.)

=> C'est ce qu'on dit à uti enfant mal morigéné : ce n'est pas

La raison et le temps m'ouvrent assez les yeux , Et l'âge ne fera que me les ouvrir luieux.

Si j'avais jusqu'ici vécu comme ce frère, Avec une vertu qui fût imaginaire ( Car je l'appelle ainsi quand elle est sans effets ; Et l'admiration de tant d'hommes parfaits Dont il a vu dans Rome éclater le mérite, N'est pas grande vertu si l'on ne les imite ) ; Si j'avais donc vécu dans ce même repos Qu'il a vécu dans Rome auprès de ses héros. Elle me laisserait la Bithynie entière , Telle que de tous temps l'aîné la tient d'un père , Et s'empresserait moins à le faire régner. Si vos armes sous moi n'avaient su rien gagner : Mais parce qu'elle voit avec la Bithynie Par trois sceptres conquis trop de puissance unie, Il faut la diviser ; et, dans ce beau projet, Ce prince est trop bien né pour vivre mon sujet ! Puisqu'il peut la servir à me faire descendre ', Il a plus de vertu que n'en eut Alexandre ; Etje lui dois quitter, pour le mettre en mon rang », Le bien de mes aïeux , ou le prix de mon sang. Grâces aux immortels, l'effort de mon courage Et ma grandeur future ont mis Rome en ombrage : Vous pouvez l'en guérir, seigneur, et promptement ; Mais n'exigez d'un fils aucun consentement : Le maître qui prit soin d'instruire ma jeunesse Ke m'a jamais appris à faire une bassesse.

FLAMINIUS

A ce que je puis voir, vous avez combattu , Prince , par intérêt , plutôt que par vertu. Les plus rares exploits que vous ayez pu faire IN'ont jeté qu'un dépôt sur la tête d'un père ; Il n'est que gardien de leur illustre prix, Et ce n'est que pour vous que vous avez conquis , Puisque cette grandeur à son trône attachée Sur nul autre que vous ne peut être épanchée ^. Certes , je vous croyais un peu plus généreux :

ainsi qu'on parle à un prince qui a conquis trois roj'aumes ; et , si ce jeune homme n'est pas sage, pourquoi Prusias l'a-t-il chargé de parler pour lui? (V.)

' Ce vers est inintelligible : à quoi se rapporte ce la servir P au dernier substantif, à la puissance de Nicomède, que Rome veut diviser. Me faire descendre; il faut dire d'où l'on descend : et monté sur le faite, il aspire à descendre. (V.)

2 On ne dit point quitter à, on dit quitter pour : je dois quitter pour lui, ou je lui dois céder, laisser, abandonner. (V.)

3 Jeter tin dépôt sur une tête, être garde d'un prix, une grandeur épanchée; toutes expressions impropres et incorrectes : de plus , ce discours de Flaminius semble un peu sophistique. L'exemple de Scipion , qui ne prit point Carthage pour lui , et qui ne le pouvait pas , ne conclut rien du tout contre un prince qui n'est pas républicain , et qui a des droits sur ses conquêtes. (V.)

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