NICOMÈDE, LAODICE
Cet avis est plus propre à donner à la reine.
Ma générosité cède enfin à sa haine :
Je l'épargnais assez pour ne découvrir pas
Les infâmes projets de ses assassinats;
Mais enfin on m'y force , et tout son crime éclate.
.l'ai fait entendre au roi Zenon et Métrobate ' ;
que digne de pitié. Cela forme une équivoque qui tourne l'ambassadeur en ridicule, et on devait retrancher pitoyable aussi bien ((ue la long et le large. (V.)
' Voilà des injures aussi grossières que les railleries. Une grande partie de celle pièce est du style burlesque; mais il y a de temps en temps un air de grandeur qui impose, et surtout qui intéresse pour Nicomède; ce qui est un très-grand point. Au reste, jusqu'ici la plupart des scènes ne sont que des con versations assez, étrangères à l'intrigue. En général toute scène doit être une espère d'action qui fait voir à l'esprit quelque cho.se de nouveau et d'intéressant. (V.)
^ Voici la première fois que le spectateur entend parler de ce Zenon; il ne sait encore quel il est : on sait seulement que Ni- .«•omcde a conduit deux traîtres avec lui ; mais ou ignore que
Et , comme Ictir rapport a de quoi rctonner. Lui-même il prend le soin de les examiner.
LAODICE
Je ne sais pas , seigneur, quelle en sera la suite ; Mais je ne comprends point toute cette conduite , Ni comme à cet éclat la reine vous contraint. Plus elle vous doit craindi'e, et moins elle vous craint Et plus vous la pouvez accabler d'infamie , Plus elle vous attaque en mortelle ennemie.
Elle prévient ma plainte; et cherche adroitement A la faire passer pour un ressentiment; Et ce masque trompeur de fausse hardiesse Nous déguise sa crainte, et couvre sa faiblesse.
LAODICE
Les mystères de cour souvent sont si cachés Que les plus clairvoyants y sont bien empêchés '.
Lorsque vous n'étiez point ici pour me défendre , Je n'avais contre Attale aucun combat à rendre ; Rome ne songeait point à troubler notre amour : Bien plus, on ne vous souffre ici que ce seul jour ; Et dans ce même jour Rome, en votre présence , Avec chaleur pour lui presse mon alliance. Pour moi , je ne vois goutte en ce raisonnement '
Zenon soit un des deux. Voilà le sujet et l'intrigue de la pièce , mais quel sujet et quelle intrigue! deux malheureux que la reine Arsinoé a subornés pour l'accuser faussement elle-même, et pour faire retomber la calomnie sur Nicomède; il n'y a rien de si bas que cette invention : c'est pourtant là le nœud, et le reste n'est que l'accessoire. Mais on n'a point encore vu paraître cette reine Arsinoé; on n'a dit qu'un mot d'un Métrobate, et cepen danlon est au milieu du troisième acte. (V.) — Voltaire oublie qu'Arsinoé a eu trois scènes dans le premier acte, et que c'est elle qui linit ce même acte. La distraction est un peu forte. (P.) • Le mot clairvoyants est aujourd'hui banni du style noble : on ne dit pas non plus ^■ire empêché à quelque chose; cela est à peine souffert dans le comique. Rien n'est plus utile que de comparer : opposons à ces vers ceux que Junie dit à Britanni eus, et qui expriment un sentimentà peu près semblable, quoique.dans une circonstance différente :
Je ne connais Néron et la cour que d'un jour; Mais, si je l'ose dire, hèlas 1 dans cette cour Comliieii tout ce qu'on dit est loin de ce qu'on pense ! Que la bouctje et le cœur sont peu d'intelligence I Avec combien de joie on y trahit sa foi 1 Qoel séjour étranger et pour vous et pour moi !
Voilà le style de la nature ; ce sont là des vers : c'est ainsi qu'on doit écrire. C'est une dispute bien inutile, bien puérile, qtie celle qui dura si longtemps entre les gens de lettres sur le mérite de Corneille et deR.acine. Qu'importe à la connaissance de l'art , aux règles de la langue , à la pureté du style , à l'élégance des vers, que l'un soit venu le premier, et soit parti de plus loin, et que l'autre ait trouvé la roule aplanie? ces frivoles questions n'apprennent point comment il faut parler. Le but d(! ce commentaire, je ne puis trop le redire, est de tacher de former des poètes, et de ne laisser aucun doute sur notre langue aux éti'angers. (V.)
* Pour moi , je ne vois goutte en ce rnisomiement expression populaire et basse. (V.)
Qui iVallciicl point le temps de votre éloignenienl , Et j'ai devant les yeux toujours quelque nuage Qui m'offusque la vue, et m'y jette un ombrage. I^e roi chérit sa femme, il craint Rome; et, pour vous. S'il ne voit vos hauts faits d'un œil un peu jaloux, Du moins , à dire tout , je ne saurais vous taire Qu'il est trop bon mari pour être assez bon père'. Voyez quel contre-temps Attale prend ici*! Qui l'appelle avec nous? quel projet? quel souci^ ? 3 e conçois mal , seigneur, ce qu'il faut que j'en pense ; Riais j'en romprai le coup, s'il y faut ma présence. Je vous quitte.