SCÈNE VI
NIGOMÈDE, AI TALE.
NICOMEDE, ACTE lil, SCENE VI. G..!,
I Prince. J'avais mis bas, avec le nom d'aîné, I^'avantage du trône où je suis destiné ; Et voulant seul ici défendre ce que j'aime , Je vous avais prié de l'attaquer de même, Et de ne mêler point surtout dans vos desseins Ni le secours du roi , ni celui des Romains'. Mais, ou vous n'avez pas la mémoire fort bonne , Ou vous n'y mettez rien de ce qu'on vous ordonne'.
ATTALE
Seigneur, vous me forcez à m'en souvenir mal , Quand vous n'achevez pas de rendre tout égal. Vous vous défaites bien de quelques droits d'aînesse : Mais vous défaites-vous du cœur de la princesse , De toutes les vertus qui vous en font aimer, Des hautes qualités qui savent tout charmer, De trois sceptres conquis , du gain de six batailles , Des glorieux assauts de plus de cent murailles^ ? Avec de tels seconds rien n'est pour vous douteux. Rendez donc la princesse égale entre nous deux'* : Me lui laissez plus voir ce long ajnas^ de gloire Qu'à pleines mains sur vous a versé la victoire ; Et faites qu'elle puisse oul>lier une fois Et vos rares vertus et vos fameux exploits; Ou contre son amour, contre votre vaillance , Souffrez Rome et le roi dedans l'autre balance : Le peu qu'ils ont gagné vous fait assez juger Qu'ils n'y mettront jamais qu'un contre-poids légei'.
wicomî-:de.
C'est n'avoir pas perdu tout votre temps à Rome,
ATTALE
Puisque c'est la chasser, seigneur, je me relire.
N1C0MÈUE.
Non , non ; j'ai quelque chose aussi bien à vous dire •* ,
• On ne s'exprimercut pas auhemcnt diuis une comédie. Jusqu'ici on ne voit qu'une petite intrigue et de petile.s jalousies. Ce qui est encore bien plus du ressort de la comédie , c'est cet Attale qui vient n'ayant rien à dire , et à qui Laodice dit qu'il est un importun. (V.)
2 On ne dit point prendre un con Ire-temps; et , quand on le dirait, il ne faudrait pas se servir de ces tours trop fc^miliers. (V.)
3 Est-ce le contre-temps qui appelle? à quoi se rapportent quel projet, quel souci P quel mot que celui de souci en celte occasion! }L\h^ cotiçoit mal ce qu'il faut qu'elle pense; mais elle en rompra le coup : est-ce le coup de ce qu'elle pense? Rompre nn coup, s'il y faut sa présence.' Il n'y a pas là un vers qui ne soit obscur, faible , vicieux , et qui ne pèche contre la langue. Elle sort en disant, jl- vous quitte , sans dire pourquoi elle quitte Nicomède. Les personnages importants df)ivent toujours avoir une raison d'enirer et de sortir ; et , quand celte raison n'est pas assez déterminée, il faut qu'ils se gardent bien de dire, je sors , de peur que le spectateur, trop averti de la faute, ne dise : Pourquoi sortez-vous? (V.) — Elle en donne la raison; elle sort pour éviter Attale. (P.)
4 Non-seulement dans une tragédie on ne doit point avoir missi bien à dire quelque chose, mais 11 faut, autant ([u'on peut, dire des choses qui tiennent lieu d'action, qui nouent l'intrigue, qui augmentent la terreur, qui mènent au but : une
simple bravade, dont on peut se passer, n'est pas un sujet de scène. (V.)
' Ces deux ni avec point ne sont pas permis ; les étrangers y doivent pnmdre garde. Je n'ai point ni crninle ni espérance, c'est un barbarisme de phrase; dites, >' n'ai ni crainte ni espérance. (V.)
* Ces deux vers , ainsi que le dernier de cette scène , sont une ironie araère qui peut-être avilit trop le caractère d'Atlale , ((ue Corneille cependant veut rendre intéressant. Il parait (■lomiaiit que ISicomède mette de la grandeur d'àme à injurier tout le monde , et qu'Attale , qui est brave (;t généreux , et (|ui va bientôt en donner des preuves, ail la complaisance de le souffrir. Plus on examine cette pièce, plus on trouve qu'il fallait l'inlituler comédie, ainsi querfow Sanche d'Aracjon.
De ce (ju'on vous ordonne,
est trop fort, et ne s'accorde pas avec le mot de prière. (V.)
3 On ne se défait pas d'un gain de bataille et d'un assaut : le mot de se défaire , cjui d'ailleurs est familier, ('onvient à des droits d'aine.sse; mais il est impropre avec des assauts et dcf batailles gagnés. (V.)
4 II fallait , rendez le combat égal. (V.)
1 Quelques écrivains ont blAmé cette expression. Cependaiy Bollcau a dit après Corneille :
Mnii, fiissrey.vous issu d'Ilcrculc en droite ligne, Si von» no faites voir qu'une bassesse indigne, Ce long lirons d'iiïeux (jue vous difl'umez tous Sont autant de ti-niuins qui parlent contre vous Sal V, V 57.