ROSIDOR, CALISTE
CALISTE
Celle qui voudrait voir tes blessures guéries , Celle...
ROSIDOB.
Ah ! mon heur, jamais je n'obtiendrais sur moi De pardonner ce crime à tout autre qu'à toi. De notre amour naissant la douceur et la gloire De leur charmante idée occupaient ma mémoire ; Je flattais ton image , elle me reflattait ; Je lui faisais des vœux , elle les acceptait ; Je formais des désirs , elle en aimait l'hommage. La désavoûras-tu cette flatteuse image?
Voudras-tu démentir notre entretien secret? Seras-tu plus mauvaise enfin que ton portrait ?
CALISTE
Tu pourrais de sa part te faire tant promettre , Que je ne voudrais pas tout à fait m'y remettre ; Quoiqu'à dire le vrai je ne sais pas trop bien En quoi je dédirais ce secret entretien , Si ta pleine santé me donnait lieu de dire Quelle borne à tes vœux je puis et dois prescrire. Prends soin de te guérir ; et les miens plus contents. . . Mais je te le dirai quand il en sera temps.
ROSIDOR
Cet énigme enjoué n'a point d'incertitude Qui soit propre à donner beaucoup d'inquiétude; Et si j'ose entrevoir dans son obscurité. Ma guérison importe à plus qu'à ma santé. Mais dis tout, ou du moins souffre que je devine, Et te die à mon tour ce que je m'imagine.
CALISTE
Tu dois, par complaisance au peu que j'ai d'appas , Feindre d'entendre mal ce que je ne dis pas. Et ne point m'envier un moment de délices Que fait goûter l'amour en ses petits supplices. Doute donc, sois en peine , et montre un cœur géno D'une amoureuse peur d'avoir mal deviné ; Espère, mais hésite ; hésite , mais aspire : Attends de ma bonté qu'il me plaise tout dire ,
CLITANDRE, ACTE V, SCËiNE IV
Et sans en concevoir d'espoir trop affermi , N'espère qu'à demi , quand je parle à demi.
BOSIDOR.
Tu parles à demi, mais un secret langage Qui va jusques au cœur m'en dit bien davantage , Et tes yeux sont du tien de mauvais trucliements , Ou rien plus ne s'oppose à nos contentements.
CALISTE
Je l'avais bien prévu que ton impatience Porterait ton espoir à trop de confiance ; Que , pour craindre trop peu , tu devinerais mal.
ROSIDOll.
Quoi ! la reine ose encor soutenir mon rival ? Et sans avoir d'horreur d'une action si noire...
CALISTE
Elle a l'âme trop haute et chérit trop la gloire Pour ne pas s'accorder aux volontés du roi , Qui d'un heureux hymen récompense ta foi...
ROSIDOR
Si notre heureux malheur a produit ce miracle , Qui peut à nos désirs mettre encor quelque obstacle ?
CALISTE
Tes blessures.
ROSIDOR
Allons , je suis déjà guéri.
CALISTE
Ce n'est pas pour un jour que je veux un mari , Et je ne puis souffrir que ton ardeur hasarde Un bien que de ton roi la prudence retarde. Prends soin de te guérir, mais guérir tout à fait. Et crois que tes désirs...
ROSIDOR
N'auront aucun effet.
N'auront aucun effet! qui te le persuade?
ROSIDOR
Un corps peut-il guérir, dont le cœur est malade ?
CALISTE
Tu m'as rendu mon change, et m'as fait quelque peur ; ÎMais je sais le remède aux blessures du cœur. T,ps tiennes, attendant le jour que tu souhaites, Auront pour médecins mes yeux , qui les ont faites. Je me rends désormais assidue à te voir.
ROSIDOR
(À'pendant , ma chère âme, il est de mon devoir Que sans perdre de temps j'aille rendre en personne D'humbles grâcesau roi du bonheur qu'il nous donne.
CALISTE
Je me charge pour toi de ce remercîment. Toutefois, qui saurait que pour ce compliment Une heure hors d'ici ne pût beaucoup te nuire, Je voudrais en ce cas moi-même t'y conduire; Et j'aimerais mieux être un peu plus tard à toi , Que tes justes devoirs manquassent vei s Ion roi.
ROSIDOR
Mes blessures n'ont point, dans leurs faibles atteintes Sur quoi ton amitié puisse fonder ses craintes.
CALISTE
Viens donc ; et puis qu'enfin nous faisons mêmes vœux, En le remerciant parle au nom de tous deux.
ALCANDRE, FLORIDAN, CLITANDRE, PY- MANTE, DORISE, CLÉON, un prévôt, TKois