‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 104 sur 1093 · VENEURS · texte numérisé non relu

VENEURS

ALCANDRE

Que souvent notre esprit , trompé par l'apparenfc , Règle ses mouvements avec peu d'assurance ! Qu'il est peu de lumière en nos entendements ! Et que d'incertitude en nos raisonnements ! Qui voudra désormais se fie • aux impostures Qu'en notre jugement forment les conjectures : Tu suffis pour apprendre à la postérité Combien la vraisemblance a peu de vérité. Jamais jusqu'à ce jour la raison en déroute N'a conçu tant d'erreur avec si peu de doute ; Jamais, par des soupçons si faux et si pressants , On n'a jusqu'à ce jour convaincu d'innocents. J'en suis honteux , Clitandre , et mon âme confuse De trop de promptitude en soi-même s'accuse. Un roi doit se donner, quand il est irrité , Ou plus de retenue, ou moins d'autorité. Perds-en le souvenir; et pour moi , je te jure Qu'à force de bienfaits j'en répare l'injure.

CLITANDRE

Que votre majesté , sire , n'estime pas

Qu'il faille m'attirer par de nouveaux appâts.

L'honneur de vous servir m'apporte assez de ghiic ;

Et je perdrais le mien , si quelqu'un pouvait cioiro

Que mon devoir penchât au refroidissement,

Sans le flatteur espoir d'un agrandissement.

Vous n'avez exercé qu'une juste colère :

On est trop criminel quand on peut vous déplaire ,

Et , tout chargé de fers , ma plus forte douleur

Ne s'en osa jamais prendre qu'à mon malheur.

FLORIDAN

Seigneur, moi qui connais le fond de son counig.- , Et qui n'ai jamais vu de fard en son langage , Je tiendrais à bonheur que votre majesté M'acceptât pour garant de sa fidélité.

ALCANDRE

JNc nous arrêtons plus sur la reconnaissance Et de mon injustice, et de son innocence; Passons au criminel. Toi dont la trahison A fait' si lourdement trébucher ma raison ,

' Li's éditeurs modernes, en uicllaiil sr jlcr, oui fait tout à la fuis un contre-sens et un mauvais vers

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