‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 1038 sur 1093 · NICOMÈDE, ACTE V, SCÈNE III · texte numérisé non relu

NICOMÈDE, ACTE V, SCÈNE III

Rome, qui n'aime pas à voir un puissant roi , L'a craint en Nicomède , et le craindrait en moi. Je ne dois plus prétendre à l'hymen d'une reine , Si je ne veux déplaire à notre souveraine; Et puisque la fâcher ce serait me trahir, Afin qu'elle me souffre, il vaut mieux obéir. Je sais par quels moyens sa sagesse profonde S'achemine à grands pas à l'empire du monde. Aussitôt qu'un État devient un peu trop grand , Sa chute doit guérir l'ombrage qu'elle en prend ^ C'est blesser les Romains que faire une conquête , Que mettre trop de bras sous une seule tête ^ ; Et leur guerre est trop juste après cet attentat Que fait sur leur grandeur un tel crime d'État ^. [mes, Eux , qui pour gouverner sont les premiers des hom- Veulent que sous leur ordre on soit ce que nous som- Veulent sur tous les rois un si haut ascendant [mes , Que leur empire seul demeure indépendant.

Je les connais , madame , et j'ai vu cet ombrage Détruire Antiochus, et renverser Carthage-i. De peur de choir comme eux, je veux bien m' abaisser, Et cède à des raisons que je ne puis forcer ^. D'autant plus justement mon impuissance y cède. Que je vois qu'en leurs mains on livre Nicomède. Un si grand ennemi leur répond de ma foi ; C'est un lion tout prêt à déchaîner sur moi.

ARSINOÉ

C'est de quoi je voulais vous faire confidence : Mais vous me ravissez d'avoir cette prudence. Le temps pourra changer ; cependant prenez soin D'assurer des jaloux dont vous avez besoin^.

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