ARSINOÉ, ATTALE
ARSINOE.
J'ai prévu ce tumulte, et n'en vois rien à craindre; Comme un moment l'allume, un moment peut l'é- Et , si l'obscurité laisse croître ce bruit , [teindre ' , T-e jour dissipera les vapeurs de la nuit. Je me fâche bien moins qu'un peuple se mutine Que de voir que ton cœur dans son amour s'obstine, Et d'une indigne ardeur lâchement embrasé, JNe rend point de mépris à qui t'a méprisé. Venge-toi d'une ingrate , et quitte une cruelle, A présent que le sort t'a mis au-dessus d'elle. Son trône , et non ses yeux , avait (\ù le charmer : Tu vas régner sans elle; à quel propos l'aimer? Porte, porte ce cteur à de plus douces chaînes. Puisque te voilà roi , l'Asie a d'autres reines , Qui , loin de te donner des rigueurs à souffrir ' , T'épargneront bientôt la peine de l'offrir.
ATTALE
Mais, madame...
ARSINOÉ
Eh bien ! soit , je veux qu'elle se rende : Prévois-tu les malheurs qu'ensuite j'appréhende? Sitôt que d'Arménie elle t'aura fait roi , Elle t'engagera dans sa haine pour moi. ]\Iais, ô dieux ! pourra-t-elle y borner sa vengeance? Pourras-tu dans son lit dormir en assurance? Et refusera-t-elie à son ressentiment Le fer ou le poison pour venger son amant ^ ? Qu'est-ce qu'en sa fureur une femme n'essaie ?
ATTALE
Que de fausses raisons pour me cacher la vraie < !
» On n'allume pas un tumulte. II se fait dans la >illiMine sédition iin])révue : c'est une maeliine qu'il n'est plus guère permis d'ejiiployeraujourd'tiui, parce qu'elle est triviale, j)aree (pi 'elle n'est pas renfermée dans l'exposition de la pièce, parce cpie, n'étant pas née du sujet, elle esl sans art et sans inerite. <:ependant, si celte sédition est sérieuse, Arsinoé el son lils perdent leur temps à raisonner .sur la pui.ssnnce et sur la politique des Romains. Arsinoé lui dit froidement: fOiisMc nivissc: d'dvoir celle pritdcncr. Ce vers comique et les fautes de lan gue ne contribuent pas à emlM'Jlir cette scène. (V.)
^ On ne donne point des rigueurs comme on donne des fa veurs : cela n'est pas français, parce que cela n'est adndsdans aucune langue. (V.) —Corneille ne dit pas ipie I.aodice doimc des rigueurs à Allale, mais qu'elle lui en donne h souffrir, expression qui a un tout autre sens, el que l'usage autorisait alors. (P.)
3 Quelle idée ! pourquoi lui dire que sa femme l'empoisonnera ou l'assassinera? (V.)
•i Ce n'est pas elle qui «.achc la vraie raison ; ce qu'il dit à sa