‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 1042 sur 1093 · PRUSIAS, FLAMINIUS, ARSINOÉ, ATTALE, CLÉONE, ARASPE · texte numérisé non relu

PRUSIAS, FLAMINIUS, ARSINOÉ, ATTALE, CLÉONE, ARASPE

ARASPE

Seigneur, de tous côtés le peuple vient en foule ;

' C'est une règle invariable que, quand on introduit dos personnages chargés d'un secret important , il faut que ce secret soit révélé : le public s'y attend; on doit, dans tous les cas, lui tenir ce qu'on lui a promis. Arsinoé a été menacée de la délation de ces prisonniers ; Arsinoé a fait accroire au roi que Nicomède les a subornés : cet éclaircissement est la chose la plus importante , et il ne .se fait point. C'est peut-être mal dénouer cette intrigue que de faire massacrer ces deux hommes par le peuple. (V.)

2 Flaminius presse toujours d'agir : cependant le roi, la reine, et le prince Attale, restent dans la plus grande tranquillité. Cette inaction est extraordinaire , surtout de la part de la reine , dont le caractère est remuant : n'a-t-elle pas tort d'être tranquille, et de ne pas craindre qu'on la traite comme Métrobate et Zenon? Le peuple ne les a déchirés que parce qu'il les a crus apostés par elle; si on a tué ses complices, elle doit trembler pour elle-même. Il est beau de présenter au public une reine intrépide, mais il fautqu'elle soit assez éclairée pour connaître son danger. (V.)

3 On n'emporte point un but , on n'éteint point une horreur : toujours des termes impropres et sans justesse. (V.)

De moment en moment votre garde s'écoule ; Et, suivant les discours qu'ici même j'entends , Le prince entre mes mains ne sera pas longtemps; Je n'en puis plus répondre.

PRUSIAS

Allons, allons le rendre, Ce précieux objet d'une amitié si tendre. Obéissons , madame , à ce peuple sans foi , Qui , las de m'obéir, en veut faire son roi ; Et du haut d'un balcon, pour calmer la tempête : Sur ses nouveaux sujets faisons voler sa tête.

ATTALE

Ah , seigneur !

PRUSIAS

C'est ainsi qu'il lui sera rendu :

A qui le cherche ainsi , c'est ainsi qu'il est dû.

ATTALE

Ah ! seigneur , c'est tout perdre , et livrer à sa rage Tout ce qui de plus près touche votre courage ■ ; Et j'ose dire ici que votre majesté Aura peine elle-même à trouver sûreté.

PRUSIAS

Il faut donc se résoudre à tout ce qu'il m'ordonne, Lui rendre Nicomède avecque ma couronne : Je n'ai point d'autre choix; et, s'il est le plus fort^ Je dois à son idole ou mon sceptre ou la mort.

FLAMINIUS

Seigneur, quand ce dessein aurait quelque justice, Est-ce à vous d'ordonner que ce prince périsse.-* Quel pouvoir sur ses jours vous demeure pennis ? C'est l'otage de Rome, et non plus votre fils' : Je dois m'en souvenir quand son père l'oublie. C'est attenter sur nous qu'ordonner de sa vie; J'en dois compte au sénat, et n'y puis consentir. Ma galère est au port toute prête à partir ; Le palais y répond par la porte secrète : Si vous le voulez perdre , agréez ma retraite; Souffrez que mon départ fasse connaître à tous Que Rome a des conseils plus justes et plus doux; Et ne l'exposez pas à ce honteux outrage De voir à ses yeux même immoler son otage.

ARSINOÉ

Me croirez-vous , seigneur, et puis-je m'expliquer ?

PRUSIAS

Ah ! rien de votre part ne saurait me choquer ^ ; Parlez.

■ Expression vicieuse. (V.)

^ Tout ce discours de Flaminius est une conséquence de son caractère arlilicieux parfaitement soutenu : mais remarquez que jamais des raisonnements politiques ne font un grand effet dans un cinquième acte, où tout doit èlre action ou sentiment, ou la terreur et la pitié doivent s'emparer de tous les co'urs. (V.)

^On sent assez quqceUe manière de parler est trop familière. Je passe plusieurs termes déjà observés ailleurs. (Y.)

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