NICOMÈDE, ACTE V, SCÈNE VI
ARSINOE.
Le ciel m'inspire un dessein dont j'cspere Et satisfaire Rome et ne vous pas déplaire. S'il est prêt à partir, il peut en ce moment Enlever avec lui son otage aisément :
Cette porte secrète ici nous favorise.
Mais, pour faciliter d'autant mieux l'entreprise, IMontrez-vous à ce peuple , et flattant son courroux , Amusez-le du moins à débattre avec vous ' ; Faites-lui perdre temps , tandis qu'en assurance La galère s'éloigne avec son espérance.
S'il force le palais , et ne l'y trouve plus , Vous ferez comme lui le surpris , le confus ^ ; Vous accuserez Rome, et promettrez vengeance Sur quiconque sera de son intelligence.
Vous enverrez après, sitôt qu'il sera jour. Et vous lui donnerez l'espoir d'un prompt retour, Ou mille empêchements que vous ferez vous-même ^ Pourront de toutes parts aider au stratagème 4. Quelque aveugle transport qu'il témoigne aujourd'hui, Il n'attentera rien tant qu'il craindra pour lui , Tant qu'il présumera son effort inutile. Ici la délivrance en paraît trop facile ; El s'il l'obtient, seigneur, il faut fuir vous et moi . S'il le voit à sa tête, il en fera son roi ; ^ ous le jugez vous-même.
PBUSIAS.
Ah ! j'avoûrai, madame, Que le ciel a versé ce conseil dans votre Tune ^ Seigneur, se peut-il voir rien de mieux concerté '
FLAMhMUS.
Il vous assure et vie'', et gloire, et liberté; Et vous avez d'ailleurs Laodice en otage : ]\Iais qui perd temps ici perd tout son avantage.
Il n'en faut donc plus perdre : allons-y de ce pas.
' Débattre est un verbe réfléchi qui n'emporte point son action avec lui : il en est ainsi de plaindre, souvenir; on dit, se }ilaindre, se souvenir, se débattre; mais quand débattre est acliril faut un sujet, un olijet, un régime; nous avoos débattu ce point, cette opinion fut débattue. (V.)
' CVsl un vers de comédie ; et le conseil d'Arsiaoé lient aussi un peu du comique. (V.)
^ Mi]|e empêchements que vons ferez Tous-même... .
n'est ni noble ni français; on ne fait point des empécliemenls. (V.)
4 Le roi et son épouse , qui , dans une situation si pressante , ont resté si longtemps paisil)les , se détejminent enlin à prendre un parti : mais il parnilque le lâche conseil que donne Arsinoé est petit, indigne de la tragédie; et ses expressions, /o/rt le surpris , le confus , sitôt qu'il sera jour, et fuir vous et moi , sont d'un style aussi iàclie que le conseil. (V.)
5 C'est là que Prusias est plus que jamais un vieillard de Molière, qui ne sait quel parti prendre , et qui trouve toujours que .sa femme a rai-son. (V.)
^ Il vous assure vie! (V.)
ARSINOF..
Ne prenez avec vous qu'Araspe et trois soldats ; Peut-être un plus grand nombre aurait quelque inli- J'irai chez Laodice , et m'assurerai d'elle. |dele.
Attale, où courez-vous?
ATTALE
Je vais de mon côté De ce peuple mutin amuser la fierté , A votre stratagème en ajouter quelque autre • .
Songez que ce n'est qu'un que mon sort et le vôtre , Que vos seuls intérêts me mettent en danger,
ATTALE
Je vais périr, madame, ou vous en dégager.
ARSINOÉ
Allez donc. J'aperçois la reine d'Arménie.