NICOMÈDE, ACTE V, SCKNE VI
en
ARSmOE.
Soulever des sujets contre leur souverain , Leur mettre à tous le fer et la flaninie en la main , lusque dans le palais pousser leur insolence , Vous appelez cela fort peu de violence ?
LAODICE
Nous nous entendons mal , madame; et je le voi , Ce que je dis pour vous, vous l'expliquez pour moi '.
Je suis hors de souci pour ce qui me regarde ; Et je viens vous chercher pour vous prendre en ma Pour ne hasarder pas en vous la majesté » [garde , An manque de respect d'un grand peuple irrité, traites venir le roi , rappelez votre Attale; Que je conserve en eux la dignité royale : Ce peuple en sa fureur peut les connaître mal.
ARSINOÉ
Peut-on voir un orgueil à votre orgueil égal ! Vous , par qui seule ici tout ce désordre arrive; Vous , qui dans ce palais vous voyez ma captive ; Vous, qui me répondrez au prix de votre sang De tout ce qu'un tel crime attente sur mon rang , Vous me parlez encor avec la môme audace Que si j'avais besoin de vous demander grâce !
LAODICE
Vous obstiner, madame, 5 me parler ainsi , C'est ne vouloir pas voir que je commande ici , Que , quand il me plaira , vous serez ma victime. Kt ne m'imputez point ce grand désordre à crime : Votre peuple est coupable, et dans tous vos sujets Ces cris séditieux sont autant de forfaits ; [les ,
Mais pour moi , qui suis reine, et qui , dans nosquerel- Pour triompher de vous, vous ai fait ces rebelles , Par le droit de la guerre il fut toujours permis D'allumer la révolte entre ses ennemis : TM'enlever mon époux , c'est vous faire la mienne.
ARSINOÉ
Je la suis donc , madame ; et quoi qu'il en avienne , Si ce peuple une fois enfonce le palais. C'est fait de votre vie , et je vous le promets.
LAODICE
Vous tiendrez mal parole, ou bientôt sur ma tombe Tout le sang de vos rois servira d'hécatombe.
tcction , devrait veiller plus soigneusement à la suite de la révolle et à la sûreté du prince qu'elU; appelle son époux : clli! vient inutilement; elle; n'a rien à dire à Arsinoé Ces deux femmes se bravent sans savoir en quel étal sont leurs affaires ; mais les scènes de bravade réussissent presque toujours au théâtre. (V.)
' Ces méprises entre deux reines , ces équivoques semblent bien peu dignes de la trag(-die. (V.)
' Hasarder uw: majtstè au niauquc de resprcl! Encore i-iMI y !ï\ ail cr pi isrr. Ce ne .sont point la les pompeux sulévismcs que Boileau réprouve avec tant de rai.son , ce sont de Irés-plals solécismes. (V.)
Mais avez-vous encor parmi votre maison Quelque autre Métrobate, ou quelque autre Zenon ? N'appréhendez-vous point que tous vos domestiques Ne soient déjà gagnés par mes sourdes pratiques? Kn savez-vous quelqu'un si prêta se trahir. Si las de voir le jour, que de vous obéir ?
Je ne veux point régner sur votre Rithynie : Ouvrez-moi seulement les chemins d'Arménie; Et pour voir tout d'un coup vos malheurs terminés , Kendez-nioi cet époux qu'en vain vous retenez.
ARSINOÉ
Sur le chemin de Rome il vous faut l'aller pendre ; Flaminius l'y mène, et pourra vous le rendre : Mais hâtez-vous, de grâce, et faites bien ramer, Car dt\jà sa galère a pris le large en mer '.
LAODICE
Ah! si je le croyais!...
ARSINOÉ
N'en doutez point, madame.
LAODICE
Fuyez donc les fureurs qui saisissent mon âme : Après le coup fatal de cette indignité, Je n'ai plus ni respect ni générosité.
Mais plutôt demeurez pour me servir d'otage » Jusqu'à ce que ma main de ses fers le dégage. J'irai jusque dans Rome en briser les liens , Avec tous vos sujets, avecque tous les miens; Aussi bien Annibal nommait une folie De présumer la vaincre ailleurs qu'en Italie. Je veux qu'elle me voie au cœur de ses Etats Soutenir ma fureur d'un million de bras ; Et sous mon désespoir rangeant sa tyrannie^....
ARSINOÉ
Vous voulez donc enfin régner en Rithynie ?
Et dans cette fureur qui vous trouble aujourd'hui ,
Le roi pourra souffrir que vous régniez pour lui ^
LAODICE
J'y régnerai , madame, et sans lui faire injure. Puisque le roi veut bien n'être roi qu'en pcinlurc • Que lui doit importer qui donne ici la loi, l'^t qui règne pour lui des Romains ou de moi ? Mais un second otage entre mes mains se jette.
• Ironie ou |)lul<it pl.iisanterie indigne de la noblesse Iragiini.', ainsi que toutes celles qu'on a remarquées. (V.)
2 lilliî lui parle comme si elle était maîtresse du palais; elle, devrait doue avoir des gardes. (V.)
"î Kiiin/i-r mu- li/nniiiic sous un désespoir.' quelle phrase ! (|uclle barbarie de langage! (V.)
\ Ètrt.roi (-«/x.v/i^Mre,- cette expression est du grand nombrs de ocelles auxfjueUes on reproche d'être trop fandlières. (V )