‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 1067 sur 1093 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

GARIBALDE, RODELINDE.

Ce n'est plus seulement l'offre d'un diadème

Que vous fait pour un fils un prince qui vous aime ,

Et de qui le refus ne puisse être imputé

Qu'à fermeté de haine ou magnanimité :

Il y va de sa vie, et la juste colère

Où jettent cet amant les mépris de la mère ,

Veut punir sur le sang de ce fils innocent

La dureté d'un cœur si peu reconnaissant.

C'est à vous d'y penser ; tout le choix qu'on vous don-

C'est d'accepter pour lui la mort ou la couronne : [ne,

Son sort est en vos mains ; aimer ou dédaigner

Le va faire périr ou le faire régner '.

RODELINDE.

S'il me faut faire un choix d'une telle imporlann' , On me donnera bien le loisir que j'y pense.

GARIBALDE.

Pour en délibérer vous n'avez qu'un moment , J'en ai l'ordre pressant ; et sans retardement , Madame , il faut résoudre , et s'expliquer sur l'heure : Un mot est bientôt dit. Si vous voulez qu'il meure ,

' Ces vers formeut absolument la niùme situation que celle irAndromaquc. Il est évident que Racine a tiré son or de cette l'ange; mais, ce que Racine n'eût jamais fait, Corneille introduisit Rodelinde proposant à Grimoald d'égorger le lils qu'elle a de son mari vaincu par ce mémo Grimoald; elle prétend {|u'elle l'aidera dans ce crime, et cela dans l'espérance de rendre Grimoald odieux à ses peuples. Cette seule atrocité absurde aurait sufli pour faire tomber upe pièce d'ailleurs passablement l'aile; mais le rôle du mari de Rodelinde est si révoltant et si ennuyeux à la fois , et tout le reste est si mal inventé , si mal conduit, et si mal écrit, qu'il est inutile de remarquer un défaut dans une pièce qui n'est remplie que de défauts. Mais , me dira-t-on, vous faites un commentaire sur Corneille, et vous remarquez ses fautes , et vous l'appelez grand homme , et vous ne le montrez que petit ffuand il est en concurrence avec Racine! Je réponds qu'il est grand homme dans Cinna, et non dans Pertharitc et dans ses autres mauvaises pièces : je réponds qu'un commentaire n'est point un panégyrique, mais un examen de la vérité; et qui ne sait pas réprouver le mauvais n'est pas digne de sentir le bon. On peut encore me dire : Vous faites ici de Racine un plagiaire qui a pillé dans Corneille les plus beaux endroits iW'indromaque. Point du tout; le plagiaire est celui qui do/inc pour son ouvrage ce qui appartient à un autre : mais si Phidias eut fait son Jupiter Olympien de quelque statue informe d'un autre sculpteur, il aiiiait été créateur, et non plagiaire. Je ne ferai plus d'autre remarque sur ce malheureux Pertharitc; on n'a besoin de commentaire (jue sur les ouvrages ou le bon est mêlé continuellement avec le mauvais. Il faut que ceux qui veulent se former le goût apprennent soigntuseiiieiit à distinguer l'un de l'autre. (V.)

CORNEIIJ.E. — TOME I.

Prononcez-en Tarrét , et j'en prendrai la loi Pour faire exécuter les volontés du roi .

BODELINDE.

Un mot est bientôt dit; mais dans un loi mailyre On n'a pas bientôt vu quel mot c'est qu'il faut dire; Et le choix qu'on m'ordonne est pour moi si fatal , Qu'à mes yeux des deux parts le supplice est égal. Puisqu'il faut obéir, fais-moi venir Ion maître.

GARIBALDE.

Quel dioix avez-vous fait ?

RODELINDE.

Je lui ferai connaître Que si....

C'est avec moi qu'il vous faut achever : Il est las désormais de s'entendre braver ; Et si je ne lui porte une entière assurance Que vos désirs enfin suivent son espérance, Sa vue est un honneur qui vous est défendu.

RODELINDE.

Que me dis-tu , perfide? ai-je bien entendu i' Tu crains donc qu'une femme à force de, se plainJii' Ne sauve une vertu que lu tAclies d'éteindre. Ne remette un héros au rang de ses pareils , Dont tu veux l'arracher par tes lâches conseils? Oui , je l'épouserai , ce trop aveugle maître , Tout cruel , tout tyran que tu le forces d'être ; Va, cours l'en assurer; mais pense-s-y deux fois. Crains-moi, crains son amour, s'il accepte mon choix. Je puis beaucoup sur lui ; j'y pourrai davantage , Et régnerai peut-être après cet esclavage.

GARIBALDE.

Vous régnerez , madame , et je serai ravi De mourir glorieux pour l'avoir bien servi.

RODELINDE.

Va , je lui ferai voir que de pareils services Sont dignes seulement des plus cruels supplices , VA que de tous les maux dont les rois sont auteurs Ils s'en doivent venger sur de tels serviteurs. Tu peux en attendant lui donner cette joie , Que pour gagner mon cœur il a trouvé la voie . Que ton zèle insolent et ton mauvais destin A son amour barbare en ouvrent le chemin. Dis-lui, puisqu'il le faut, qu'à l'hymen je m'apprête ; Mais fuis-nous , s'il s'achève , et tremble pour ta tête,

GARIBALDE.'

Je veux bien à ce prix vous donner un grand roi.

Qu'à ce prix donc il vienne, et m'apporte sa foi.

GOO PERTH/VRITE

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