‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 1069 sur 1093 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

GRIMOALD, RODELINDE, GARIBALDE.

Je me rends, Grimoald, mais non pas à la force : Le titre que tu prends m'est une douce amorce , Et s'empare si bien de mon affection, Qu'elle ne veut de toi qu'une condition. Si je n'ai pu t'aimer et juste et magnanime, Quand tu deviens tyran je t'aime dans le crime; Et pour moi ton hymen est un souverain bien , S'il rend ton nom infâme aussi bien que le mien.

GRIMOALD

Que j'aimerai, madame, une telle infamie Qui vous fera cesser d'être mon ennemie! Achevez , achevez , et sachons à quel prix Je puis mettre une borne à de si longs mépris ; Je ne veux qu'une grâce , et disposez du reste. Je crains pour Garibalde une haine funeste. Je la crains pour Unulphe : à cela près, parlez.

RODELINDE.

Va , porte cette crainte à des cœurs ravalés ;

Je ne m'abaisse point aux faiblesses des femmes

Jusques à me venger de ces petites âmes.

Si leurs mauvais conseils me forcent de régner,

Je les en dois haïr , et sais les dédaigner.

Le ciel , qui punit tout , choisira pour leur peine

Quelque moyen plus bas que cette illustre haine.

Qu'ils vivent cependant, et que leur lâcheté

A l'ombre d'un tyran trouve sa sûreté.

Ce que je veux de toi porte le caractère

D'une vertu plus haute et digne de te plaire.

Tes offres n'ont point eu d'exemple jusqu'ici , Et ce que je demande est sans exeniple aussi ;

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