‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 1089 sur 1093 · PERTHARITE, ACTE V, SCENE IV · texte numérisé non relu

PERTHARITE, ACTE V, SCENE IV

Si je veux être sœur comme vous étiez mère.

HODELINDE.

Ne me reprochez point une juste fureur Où des feux d'un tyran me réduisait i'iiorreur ; Et puisque de sa foi vous êtes ressaisie , Faites cesser l'aigreur de votre jalousie.

ÉDUIGE.

Ne me reprochez point des sentiments jaloux, Quand je hais les tyrans autant ou plus que vous .

RODELINDE.

Vous pouvez les haïr quand Grimoald vous aime !

ÉDUIGE.

J'aime en lui sa vertu plus que son diadème ; Et voyant quels motifs le font encore agir, Je ne vois rien en lui qui me fasse rougir.

RODELINDE, à Grimoald.

Rougis-en donc toi seul , toi qui caches ton crime , Qui l'immolant un roi dérobes ta victime , Et d'un grand ennemi déguisant tout le sort Le fais fourbe en sa vie et fuir après sa mort. De tes fausses vertus les brillantes pratiques N'élevaient que pour toi ces tombeaux magnifiques; C'étaient de vains éclats de générosité Pour rehausser ta gloire avec impunité.

Tu n'accablais son nom de tant d'honneurs funèbres Que pour ensevelir sa mort dans les ténèbres, Et lui tendre avec pompe un piège illustre et beau , Pour le priver un jour des honneurs du tombeau. Soûle -toi de son sang ; mais rends-moi ce qui reste , Attendant ma vengeance , ou le courroux céleste , Que je puisse...

GRIMOALD , à Éduige. Ah ! madame , où me réduisez-vous Pour un fourbe qu'elle aime à nommer son époux ? Votre pitié ne sert qu'à me couvrir de honte , Si, quand vous me l'ôtez, il m'en faut rendre compte, Et si la cruauté de mon triste destin De ce que vous sauvez me nomme l'assassin.

UNULPHE.

Seigneur, je crois savoir la route qu'il a prise; Et si sa majesté veut que je l'y conduise, Au péril de ma tête , en moins d'une heure ou deux , Je m'offre de la rendre à l'objet de ses vœux. Allons, allons, madame; et souffrez que je tdche... BODELiNDE, à ilnulphe.

O d'un lâche tyran ministre encor plus hlche , Qui , sous un faux semblant d'un peu d'humanité , Penses contre mes pleurs faire sa sûreté ! Que ne dis-tu plutôt que ses justes alarmes Aux yeux des bons sujets veulent cacher mes larmes , Qu'il lui faut me bannir, de craiute que mes cris Du peuple et de la cour n'émeuvent les esprits ? Traître! si tu n'étais de son intelligence, Pourrait-il refuser ta tète à sa vcngeauce i*

Que devient, Grimoald, que devient ton courroux? Tes ordres en sa garde avaient mis mon époux ; Il a brisé ses fers , il sait où va sa fuite : Si je le veux rejoindre , il s'offre à ma conduite ; Et quand son sang devrait te répondre du sien , Il te voit , il te parle , et n'appréhende rien !

GRIMOALD , à Rodelinde.

Quand ce qu'il fait pour vous hasarderait ma vie , Je ne puis le punir devons avoir servie. Si j'avais cependant quelque peur que vos cris De la cour et du peuple émussent les esprits , Sans vous prier de fuir pour finir mes alarmes , J'aurais trop de moyens de leur cacher vos larmes Mais vous êtes , madame , en pleine liberté ; Vous pouvez faire agir toute votre fierté , Porter dans tous les coeurs ce qui règne en votre âme : Le vainqueur du mari ne peut craindre la femme. Mais que veut ce soldat ?

GRIMOALD, RODELINDE, ÉDUIGE,

UNULPHE, UN SOLDAT.

LE SOLDAT

Vous avertir, seigneur.

D'un grand malheur ensemble et d'un rare bonheur. Garibalde n'est plus, et l'imposteur infâme Qui tranche ici du roi lui vient d'arracher l'a me ; Mais ce même imposteur est en votre pouvoir.

GRIMOALD

Que dis-tu , malheureux ?

LE SOLDAT

Ce que vous allez voir.

GRIMOALD

O ciel ! en quel état ma fortune est réduite , S'il ne m'est pas permis de jouir de sa fuite! Faut-il que de nouveau mon cœur embarrassé Ne puisse.... Riais dis-nous comment tout s'est passé.

LE SOLDAT

Le duc, ayant appris quelles intelligences Dérobaient un tel fourbe à vos justes vengeances , L'attendait à main-forte, et lui fermant le pas, « A lui seul , nous dit-il ; mais ne le blessons pas. « Réservons tout son sang aux rigueurs des supplices, " Et laissons par pitié fuir ses lâches complices. « Ceux qui le conduisaient, du grand nombre étonnés , Et par mes compagnons soudain environnés, Acceptent la plupart ce qu'on leur facilite. Et s'écartent sans bruit de ce faux Pertharite. Lui , que l'ordre reçu nous forçait d'épargner Jusqu'à baisser l'épée , et le trop dédaigner, S'ouvre en son désespoir parmi nous un passage , Jusque sur notre chef pousse toute sa rage ,

PERTHARITIs ACTE V, SCENE V

FA lui plonge trois fois un poignard dans le sein Avant qu'aucun de nous ait pu voir son dessein. Nos bras étaient levés pour l'en punir sur l'heure; Mais le duc par nos mains ne consent pas qu'il meure , Et son dernier soupir est un ordre nouveau De garder tout son sang à celle d'un bourreau. Ainsi ce fugitif retombe dans sa chaîne, Et vous pouvez , seigneur, ordonner de sa peine : Le voici.

GRIMOALD

Quel combat pour la seconde fois !

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