EXAMEN DE PERTHARITE
RODEUNOE.
Qu'une amitié si ferme aujourd'hui nous unisse . Que l'un et l'autre Etat eu admire les nœuds, Et doute avec raison qui règne de vous deux.
PEBTHABITE.
Pour en faire admirer la chaîne fortunée , Allons mettre en éclat cette grande journée, Et montrer à ce peuple , heureusement surpris , Que des hautes vertus la gloire est le seul prix '.
' CoUe pièce , comme on sait , fut malheureuse ; elle ne put lire représentée qu'une fois : le puLlic fut juste. Corneille , à la lin (le VExamcii, dit que les sentiments en sont assez vifs et fiiihlfs, et les vers assez bien tournés. Le respect pour la venté, toujours plus fort que le respect pour Corneille, oblige d'avouer que les sentiments sont outrés et faibles, et rarement nobles; et que les vers, loin d'être bien tournés, sont presque tous d'une prose comique rimée. Dés la seconde scène Éduige dit à Rodelinde :
Je ne vous parle pas de votre Tertharite :
Mais U se ponrra faire enfin qu'il ressuscite.
Qu'il rende à vos désirs leur juste possesseur;
Et c'est dont je vous donne avis en bonne sœur.
Vous êtes donc , madame , un grand exemple à suivre. — Pour vivre l'âme saine , on n'a qu'à m'imiter. — Et qui veut vivre aimé n'a qn'à vous en conter.
Les noms seuls des héros de cette pièce révoltent : c'est une Éduige, un Grimoald, un Unulphe. L'auteur de Childcbrand ne choisit pas plus mal son sujet et son héros. Il est peut-être utile pour l'avancement de l'esprit humain, et pour celui de l'art lliéàtral, de rechercher comment Corneille, qui devait s'élever toujours après ses belles pièces , qui connaissait le théâtre, c'est-à-dire, le cœur humain; qui était plein de la lecture des anciens, et dont l'expérience devait avoir fortilié le génie , tomba pourtant si bas , qu'on ne peut supporter ni la conduite, ni les -sentiments, ni la diction de plusieurs de ses dernières pièces. N'est-ce point qu'ayant acquis un grand nom, et ne possédant pas une fortune digne de son mérite , il fut forcé souvent de travailler avec trop de hâte? Conatibus obstat res angusta domi. Peut-être n'avait-il pas d ami éclairé et sévère : il avait contracté une malheureuse habitude de se permettre tout, et de parler mal sa langue; il ne savait pas, comme Racine , sacrilier de beaux vers , et des scènes entières. Les pièces précédentes de IS'icomide et de don Sanche d'Araf/on n'avaient pas eu un brillant succès ; cette décadence devait l'avertir de faire de nouveaux efforts, mais il se reposait sur sa réputation : sa gloire nuisait à son génie; il se voyait sans rival, on ne citait que lui, on ne connai.ssait que lui. Il lui arriva la même chose qu'à Lulli , qui , ayant excellé dans la musique de déclamation, à l'aide de l'inimitaljle Quinault, fut très-faible, et se négligea souvent dans presque tout le reste ; manquant de rival , comme Corneille , il ne lit point d'efforts pour se surpasser lui-même : ses contemporains ne connaj.ssaient pas sa faiblesse ; «1 a fallu que longtemps aprèà il soit vcuu un homme supérieur