LA VEUVE, ACTE II, SCÈNE II
p:lie brûle, eî par quelque signe
Que son cœur s'explique avec moi ,
Je doute de ce que je voi ,
Parce que je m'en trouve indigne.
Espoir, adieu ; c'est trop flatté :
Ne crois pas que cette beauté
Daigne avouer de telles flammes ; Kt dans le juste soin qu'elle a de les cacher, Vois que si même ardeur embrase nos deux âmes , Sa bouche à son esprit n'ose le reprocher.
Pau\Te amant , vois par son silence
Qu'elle t'en commande un égal ,
Et que le récit de ton mal
Te convaincrait d'une insolence.
Quel fantasque raisonnement!
Et qu'au milieu de mon tourment
Je deviens subtil à ma peine !
Pourquoi m'imaginer qu'un discours amoureux Par un contraire effet change l'amour en haine , Et , malgré mon bonheur, me rende malheureux ?
Mais j'aperçois Clarice. O dieux ! si cette belle Parlait autant de moi que je m'entretiens d'elle ! Du moins si sa nourrice a soin de nos amours , C'est de moi qu'à présent doit être leur discours. Une humeurcurieuse avec chaleur m'emporte A me couler sans bruit derrière celte porte , Pour écouter de là , sans en être aperçu , En quoi mon fol espoir me peut avoir déçu. Allons. Souvent l'amour ne veut qu'une bonne heure : .lamais l'occasion ne s'offrira meilleure, Et peirt-être qu'enfin nous en pourrons tirer Celle que nous cherchons pour nous mieux déclarer.