SCENE PREMIERE
PHILISTE
Secrets tyrans de ma pensée , Respect , amour, de qui les lois D'un juste et fâcheux contre-poids La tiennent toujours balancée ; Que vos mouvements opposés , Vos traits , l'un par l'autre brisés , Sont puissants à s'entre-détruire !
Que l'un m'offre d'espoir ! que l'autre a do rigueur ! Et tandis que tous deux tâchent à me séduire. Que leur combat est rude au milieu de mon cœur !
Moi-même je fais mon supplice
A force de leur obéir ;
Mais le moyen de les haïr?
Ils viennent tous deux de Clarice ;
Ils m'en entretiennent tous deux ,
Et forment ma crainte et mes vœux
Pour ce bel œil qui les fait naître ; Et de deux flots divers mon esprit agité. Plein de glace , et d'un feu qui n'oserait paraître , Blâme sa retenue et sa témérité.
Mon âme , dans cet esclavage ,
Fait des vœux qu'elle n'ose offrir;
J'aime seulement pour souffrir;
J'ai trop et trop peu de courage :
.Te vois bien que je suis aimé.
Et que l'objet qui m'a charmé
Vit en de pareilles contraintes.
Mon silence à ses feux fait tant de trahison , Qu'impertinent captif de mes frivoles craintes , Pour accroître son mal , je fuis ma guérison.