‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 117 sur 1093 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

PHILISTE

Secrets tyrans de ma pensée , Respect , amour, de qui les lois D'un juste et fâcheux contre-poids La tiennent toujours balancée ; Que vos mouvements opposés , Vos traits , l'un par l'autre brisés , Sont puissants à s'entre-détruire !

Que l'un m'offre d'espoir ! que l'autre a do rigueur ! Et tandis que tous deux tâchent à me séduire. Que leur combat est rude au milieu de mon cœur !

Moi-même je fais mon supplice

A force de leur obéir ;

Mais le moyen de les haïr?

Ils viennent tous deux de Clarice ;

Ils m'en entretiennent tous deux ,

Et forment ma crainte et mes vœux

Pour ce bel œil qui les fait naître ; Et de deux flots divers mon esprit agité. Plein de glace , et d'un feu qui n'oserait paraître , Blâme sa retenue et sa témérité.

Mon âme , dans cet esclavage ,

Fait des vœux qu'elle n'ose offrir;

J'aime seulement pour souffrir;

J'ai trop et trop peu de courage :

.Te vois bien que je suis aimé.

Et que l'objet qui m'a charmé

Vit en de pareilles contraintes.

Mon silence à ses feux fait tant de trahison , Qu'impertinent captif de mes frivoles craintes , Pour accroître son mal , je fuis ma guérison.

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