ALCIDON, LA NOURRICE
LA NOURRICE
Je te prends au sortir d'un plaisant entretien.
ALCIDON
Plaisant de vérité, vu que mon artifice Lui raconte les vœux que j'envoie à Clarice; Et de tous mes soupirs , qui se portent plus loin , Elle se croit l'objet, et n'en est que témoin.
LA NOURRICE
Ainsi ton feu se joue. ^
ALCIDON
Ainsi quand je soupire.
Je la prends pour une autre, et lui dis mon martyre ; Et sa réponse, au point que je puis souhaiter. Dans cette illusion a droit de me flatter.
LA NOURRICE
Elle t'aime?
Et de plus , un discours équivoque Lui fait aisément croire un amour réciproque. Elle se pense belle, et cette vanité L'assure imprudemment de ma captivité; Et, comme si j'étais des amants ordinaires. Elle prend sur mon cœur des droits imaginaires , Cependant que le sien sent tout ce que je feins ., Et vit dans les langueurs dont à faux je me plains.
LA NOURRICE
Je te réponds que non. Si tu n'y mets remède, Avant (ju'il soit trois jours Florange la possède.
ALCIDON
Et qui t'en a tant dit?
LA NOURRICE
Géron m'a tout conté; C'est lui qui sourdement a conduit ce traité.
ALCIDON
C'est ce qu'en mots obscurs son adieu voulait dire. Elle a cru me braver, mais je n'en fais que rire ; Et comme j'étais las de me contraindre tant, La coquette qu'elle est m'oblige en me quittant. [Ne m'apprendras-lu pointée que fait ta maîtresse?
LA NOURRICE
Kllc met ton agente au bout de sa lincssc.
Philiste assurément tient son esprit charmé: Je n'aurais jamais cru qu'elle l'eiU tant aimé.
ÀLCIDON.
C'est affaire à du temps.
LA NOURKICE.
Quitte cette espérance :
Ils ont pris l'un de l'autre une entière assurance , Jusqu'à s'entre-donner la parole et la foi.
ALCIDON
Que tu demeures froide en te moquant de moi !
LA NOUBBICE.
Il n'est rien de si vrai; ce n'est point raillerie.
ALCIDON
C'est donc fait d'Alcidon ! Nourrice , je te prie...
LA NOUBBICE.
Rien ne sert de prier; mon esprit épuisé Pour divertir ce coup n'est point assez rusé. Je n'en sais qu'un moyen, mais je ne l'ose dire.
ALCIDON
Dépêche , la longueur m'est un second martyre.
LA NOUBBICE.
Clarice, tous les soirs, rêvant à ses amours, Seule dans son jardin fait trois ou quatre tours.
ALCIDON
Et qu'a cela de propre à reculer ma perte ?
LA NOUBBICE.
Je te puis en tenir la fausse porte ouverte : Aurais-tu du courage assez pour l'enlever?
Oui , mais il faut retraite après où me sauver ; Et je n'ai point d'ami si peu jaloux de gloire Que d'être partisan d'une action si noire. Si j'avais un prétexte , alors je ne dis pas Que quelqu'un abusé n'accompagnât mes pas.
LA NOUBBICE.
On te vole Doris , et ta feinte colère
Manquerait de prétexte à quereller son frère !
Fais-en sonner partout un faux ressentiment :
Tu verras trop d'amis s'offrir aveuglément.
Se prendre à ces dehors , et , sans voir dans ton àme ,
Vouloir venger l'affront qu'aura reçu ta flamme.
Sers-toi de leur erreur, et dupe-les si Lien...
ALCIDON
Ce prétexte est si beau que je ne crains plus rien.
LA NOUBBICE.
Pour ôter tout soupçon de notre intelligence, Ne faisons plus ensemble aucune conférence , Et viens quand tu pourras ; je t'attends dès demain.
ALCIDON
Adieu. Je tiens le coup , autant vaut, dans ma main.