‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 125 sur 1093 · ALCIDON, LA NOURRICE · texte numérisé non relu

ALCIDON, LA NOURRICE

LA NOURRICE

Je te prends au sortir d'un plaisant entretien.

ALCIDON

Plaisant de vérité, vu que mon artifice Lui raconte les vœux que j'envoie à Clarice; Et de tous mes soupirs , qui se portent plus loin , Elle se croit l'objet, et n'en est que témoin.

LA NOURRICE

Ainsi ton feu se joue. ^

ALCIDON

Ainsi quand je soupire.

Je la prends pour une autre, et lui dis mon martyre ; Et sa réponse, au point que je puis souhaiter. Dans cette illusion a droit de me flatter.

LA NOURRICE

Elle t'aime?

Et de plus , un discours équivoque Lui fait aisément croire un amour réciproque. Elle se pense belle, et cette vanité L'assure imprudemment de ma captivité; Et, comme si j'étais des amants ordinaires. Elle prend sur mon cœur des droits imaginaires , Cependant que le sien sent tout ce que je feins ., Et vit dans les langueurs dont à faux je me plains.

LA NOURRICE

Je te réponds que non. Si tu n'y mets remède, Avant (ju'il soit trois jours Florange la possède.

ALCIDON

Et qui t'en a tant dit?

LA NOURRICE

Géron m'a tout conté; C'est lui qui sourdement a conduit ce traité.

ALCIDON

C'est ce qu'en mots obscurs son adieu voulait dire. Elle a cru me braver, mais je n'en fais que rire ; Et comme j'étais las de me contraindre tant, La coquette qu'elle est m'oblige en me quittant. [Ne m'apprendras-lu pointée que fait ta maîtresse?

LA NOURRICE

Kllc met ton agente au bout de sa lincssc.

Philiste assurément tient son esprit charmé: Je n'aurais jamais cru qu'elle l'eiU tant aimé.

ÀLCIDON.

C'est affaire à du temps.

LA NOURKICE.

Quitte cette espérance :

Ils ont pris l'un de l'autre une entière assurance , Jusqu'à s'entre-donner la parole et la foi.

ALCIDON

Que tu demeures froide en te moquant de moi !

LA NOUBBICE.

Il n'est rien de si vrai; ce n'est point raillerie.

ALCIDON

C'est donc fait d'Alcidon ! Nourrice , je te prie...

LA NOUBBICE.

Rien ne sert de prier; mon esprit épuisé Pour divertir ce coup n'est point assez rusé. Je n'en sais qu'un moyen, mais je ne l'ose dire.

ALCIDON

Dépêche , la longueur m'est un second martyre.

LA NOUBBICE.

Clarice, tous les soirs, rêvant à ses amours, Seule dans son jardin fait trois ou quatre tours.

ALCIDON

Et qu'a cela de propre à reculer ma perte ?

LA NOUBBICE.

Je te puis en tenir la fausse porte ouverte : Aurais-tu du courage assez pour l'enlever?

Oui , mais il faut retraite après où me sauver ; Et je n'ai point d'ami si peu jaloux de gloire Que d'être partisan d'une action si noire. Si j'avais un prétexte , alors je ne dis pas Que quelqu'un abusé n'accompagnât mes pas.

LA NOUBBICE.

On te vole Doris , et ta feinte colère

Manquerait de prétexte à quereller son frère !

Fais-en sonner partout un faux ressentiment :

Tu verras trop d'amis s'offrir aveuglément.

Se prendre à ces dehors , et , sans voir dans ton àme ,

Vouloir venger l'affront qu'aura reçu ta flamme.

Sers-toi de leur erreur, et dupe-les si Lien...

ALCIDON

Ce prétexte est si beau que je ne crains plus rien.

LA NOUBBICE.

Pour ôter tout soupçon de notre intelligence, Ne faisons plus ensemble aucune conférence , Et viens quand tu pourras ; je t'attends dès demain.

ALCIDON

Adieu. Je tiens le coup , autant vaut, dans ma main.

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