‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 135 sur 1093 · SCÈNE VIIL · texte numérisé non relu

SCÈNE VIIL

CLARICE, dans son jardin.

Chers confidents de mes désirs , Beaux lieux, secrets témoins de mon inquiétude,

Ce n'est plus avec des soupirs Que je viens abuser de votre solitude;

Mes tourments sont passés ,

Mes vœux sont exaucés ,

La joie aux maux succède :

Mon sort en ma faveur change sa dure loi , Et pour dire en un mot le bien que je possède ,

Mon Philiste est à moi.

En vain nos inégalités M'avaient avantagée à mon désavantage.

L'amour confond nos qualités , Et nous réduit tous deux sous un même esclavage.

L'aveugle outrecuidé

Se croirait mal guidé

Par l'aveugle fortune ; Et son aveuglement par miracle fait voir Que quand il nous saisit, l'autre nous importune,

Et n'a plus de pouvoir.

Cher Philiste , à présent tes yeux , Que j'entendais si bien sans les vouloir entendre.

Et tes propos mystérieux , Par leurs rusés détours n'ont plus rien à m'apprendra.

Notre libre entretien

Ne dissimule rien ;

Et ces respects farouches N'exerçant plus sur nous de secrètes rigueurs , T/amour est maintenant le maître de nos bouches

Ainsi que de nos cœurs.

Qu'il fait bon avoir enduré!

Que le plaisir se goûte au sortir des supplices !

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