‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 15 sur 1093 · II, SCENE I · texte numérisé non relu

II, SCENE I

Que celle que j'ai vue est bien autre que toi.

PHILANDRE

Parle mieux de l'objet dont mon âme est ravie ; Ce blasphème à tout autre aurait coûté la vie.

TIRCIS

Nous tomberons d'accord sans nous mettre en pour- CHLORis. [ point.

Encor, cette beauté, ne la nomme-t-on point.'

TIRCIS

Non pas si tôt. Adieu : ma présence importune Te laisse à la merci d'amour et de la brune. Continuez les jeux que vous avez quittés.

CHLORIS

Ne crois pas éviter mes importunités :

Ou tu diras le nom de cette incomparable , Ou je vais de tes pas me rendre inséparable.

TIRCIS

Il n'est pas fort aisé d'arracher ce secret. Adieu : ne perds point temps.

CHLORIS

O l'amoureux discret!

Eh bien! nous allons voir si tu sauras te taire.

PHILANDRE

( // retient Chloris, qui suit son frère. ) C'est donc ainsi qu'on quitte un amant pour un frère !

Philandre, avoir un peu de curiosité.

Ce n'est pas envers toi grande infidélité : Souffre que je dérobe un moment à ma flamme, Pour lire malgré lui jusqu'au fond de son âme. Nous en rirons après ensemble , si tu veux.

PHILANDRE

Quoi ! c'est là tout l'état que tu fais de mes feux ?

CHLORIS

Je ne t'aime pas moins , pour être curieuse ,

Et ta flamme à mon cœur n'est pas moins précieuse.

Conserve-moi le tien, et sois sûr de ma foi.

PHILANDRE

Ah , folle ! qu'en t'aimant il faut souffrir de toi !

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