MÉLITE, ACTE II, SCÈNE III
De sa déloyauté l'infaillible présage ;
Un inconnu frisson dans mon corps épandu
Me donna les avis de ce que j'ai perdu.
Depuis , cette volage évite ma rencontre ,
Ou , si malgré ses soins le hasard me la montre ,
Si je puis l'aborder, son discours se confond ,
Son esprit en désordre à peine me répond ;
Une réflexion vers le traître qu'elle aime
Presque à tous les moments le ramène en lui-même ;
Et tout rêveur qu'il est , il n'a point de soucis
Qu'un soupir ne trahisse au seul nom de Tircis.
Lors , par le prompt effet d'un changement étrange ,
Son silence rompu se déborde en louange.
Elle remarque en lui tant de perfections ,
Que les moins éclairés verraient ses passions ;
Sa bouche ne se plait qu'en cette flatterie ,
Et tout autre propos lui rend sa rêverie.
Cependant , chaque jour aux discours attachés ,
Ils ne retiennent plus leurs sentiments cachés ;
Ils ont des rendez-vous oii l'amour les assemble ;
Encore hier sur le soir je les surpris ensemble ;
Encor tout de nouveau je la vois qui l'attend.
Que cet œil assuré marque un esprit content !
Perds tout respect, Éraste , et tout soin de lui plaire;
Rends, sans plus différer, ta vengeance exemplaire :
ÎMais il vaut mieux t'en rire , et pour dernier effort
Lui montrer en raillant combien elle a de tort.