LA GALERIE DU PALAIS, ACTE I, SCÈNE XI
En vain pour son sujet tu fais l'intéressé ; Il a paré des coups dont ton cœur est blessé : Cet accident fàclieux te vole une maîtresse ; Confesse ingénument , c'est là ce qui te presse.
DOBIMANT.
Pourquoi te confesser ce que tu vois assez ? Au point de se former, mes desseins renversés , Et mon désir trompé, poussent dans ces contraintes, Sous de faux mouvements, de véritables plaintes.
LYS ANDRE
Ce désir, à vrai dire , est un amour naissant Qui ne sait où se prendre , et demeure impuissant ; Il s'égare et se perd dans cette incertitude ; Et renaissant toujours de ton inquiétude , Il te montre un objet d'autant plus souhaité , Que plus sa connaissance a de difficulté. C est par là que ton feu davantage s'allume : INloins on l'a pu connaître , et plus on en présume ; Notre ardeur curieuse en augmente le prix.
DOEIMAINT.
Que tu sais , cher ami, lire dans les esprits! Et que , pour bien juger d'une secrète flamme , ïu pénètres avant dans les ressorts d'une âme !
LYSANDRE
Ce n'est pas encor tout , je veux te secourir.
Oh , que je ne suis pas en état de guérir ! L'amour use sur moi de trop de tyrannie.
LYSANDRE
Souffre que je te mène en une compagnie Où l'objet de mes vœux m'a donné rendez-vous ; Les divertissements t'y sembleront si doux . Ton âme en un moment en sera si charmée , Que, tous ses déplaisirs dissipés en fumée, On gagnera sur toi fort aisément ce point D'oublier un objet que tu ne connais point. Mais garde-toi surtout d'une jeune voisine Que ma maîtresse y mène ; elle est et belle et fine , Et sait si dextrement ménager ses attraits. Qu'il n'est pas bien aisé d'en éviter les traits.
DORIMANT.
Au hasard , fais de moi tout ce que bon te semble.
LYSANDRE
Donc, en attendant l'heure, allons dîner ensemble.