‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 189 sur 1093 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

LYSANDRE, ARONTE.

LYSANDRE

Tu me donnes, Aronte, un étrange remède.

Souverain toutefois au mal qui vous possède. Clroyez-moi , j'en ai vu des succès merveilleux A remettre au devoir ces esprits orgueilleux : Quand on leur sait donner un peu de jalousie, Ils ont bientôt quitté ces traits de fantaisie; Car enfin tout l'éclat de ces emportements Ne peut avoir pour but de perdre leurs amants.

LYSANDRE

Que voudrait donc par là mon ingrate maîtresse?

ARONTE.

Elle vous joue un tour de la plus haute adresse. Avez-vous bien pris garde au temps de ses mépris.' Tant qu'elle vous a cru légèrement épris. Que votre chaîne encor n'était pas assez forte , Nous a l-clle jamais gouverné de la sorte?

LA GALERIE DU PALAIS

Vous ignoriez alors l'usage des soupirs ;

Ce n'étaient que douceurs , ce n'étaient que plaisirs :

Son esprit avisé voulait , par cette ruse ,

Établir un pouvoir dont maintenant elle use.

Remarquez-en l'adresse ; elle fait vanité

De voir dans ses dédains votre fidélité.

Votre humeur endurante à ces rigueurs l'invite.

On voit par là vos feux , par vos feux son mérite ;

Et cette fermeté de vos affections

Montre un effet puissant de ses perfections.

Osez-vous espérer qu'elle soit plus humaine,

Puisque sa gloire augmente, augmentant votre peine?

Rabattez cet orgueil , faites-lui soupçonner

Que vous vous en piquez jusqu'à l'abandonner.

La crainte d'en voir naître une si juste suite

A vivre comme il faut l'aura bientôt réduite ;

Elle en fuira la honte , et ne souffrira pas

Que ce change s'impute à son manque d'appas.

Il est de son honneur d'empêcher qu'on présume

Qu'on éteigne aisément les flammes qu'elle allume.

Feignez d'aimer quelque autre, et vous verrez alors

Combien à vous reprendre elle fera d'efforts.

LYSANDRE

Pourrais-tu méjuger capable d'une feinte ?

ABONTE.

Pourriez-vous trouver rude un moment de contrainte ?

LYSANDBE.

Je trouve ses mépris plus doux à supporter.

ABONTE.

Pour les faire finir, il faut les imiter.

LYSANDBE.

Faut-il être inconstant , pour la rendre fidèle.^

ABONTE.

Il faut souffrir toujours, ou déguiser comme elle.

LYSANDBE.

Que de raisons , Aronte , à combattre mon cœur, Qui ne peut adorer que son premier vainqueur ! Du moins , auparavant que l'effet en éclate , Fais un effort pour moi ; va trouver mon ingrate ; Mets-lui devant les yeux mes services passés , Mes feux si bien reçus , si mal récompensés, L'excès de mes tourments et de ses injustices, Emploie à la gagner tes meilleurs artifices. Que n'obtiendras-tu point par ta dextérité, Puisque tu viens à bout de ma fidélité!

ABONTE.

Mais , mon possible fait , si cela ne succède ?

LYSANDBE.

Je feindrai dès demain qu'Aminte me possède.

ABONTE.

Aminte ! Ah ! commencez la feinte dès demain ; Mais n'allez point courir au faubourg Saint-Germain. Et quand penseriez-vous que cette âme cruelle Dans le fond du Marais en reçut la nouvelle.-'

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