‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 217 sur 1093 · LA LINGÈRE, FLORICE, LE MERCIER, LE LIBRAIRE , CLÉANTE · texte numérisé non relu

LA LINGÈRE, FLORICE, LE MERCIER, LE LIBRAIRE , CLÉANTE

LA LINGÈRE

De tout loin je vous ai reconnue.

FLOKICE.

Vous vous doutez donc bien pourquoi je suis venue? Les avez-vous reçus ces points-coupés nouveaux?

LA LINGÈRE

Ils viennent d'arriver.

FLORICE.

Voyons donc les plus beaux.

LE MERCIER, à Cléante qui passe.

Ne vous vendrai-je rien , monsieur ? des bas de soie , Des gants en broderie, ou quelque petite oie ^?

CLÉANTE, aulibi^aire. Ces livres que mon maître avait fait mettre à part , Les avez-vous encore ?

LE LIBRAIRE, empaquetant ses Iwres.

Ah ! que vous venez tard !

Encore un peu , ma foi , je m'en allais les vendre. Trois jours sans revenir ! je nfennuyais d'attendre.

CLÉANTE

Je l'avais oublié. Le prix ?

LE LIBRAIRE

Chacun le sait;

' Gidands. On donnait ce nom à des nœuds de rubans de ditférentcs couleurs, que les femmes employaient dans leur |)arure : cette mode avait passé de l'Italie eu France, où elle fut apportée par Catherioe de Médicis.

* Les Iwutiques de la galerie du palais étaient contiguCs el à claire-voie; ce qui occasionnait souvent entre les marchands les débats dont la peinture naïve se retrouve ici.

3 Petite oie. On ne se sert plus aujourd'hui de ce mot que pour désigner Vahatis, c'est-à-dire les parties menues, les extrémités d'une oie. Au commencement du dix-septième siècle on donnait figurément, et malicieusement peut-être, le nom de prlilc oie aux rubans, aux plumes et aux différentes garnitures (|ui ornaient l'habit, le chapeau, l'épée, les bas et les souliers; et c'est dans ce sens qu'il faut l'entendre ici. Cette dernière signilication a passé avec la mode qui l'avait créée.

tOJ(NElI,I,li. — ÏOMK I.

Autant de quarts d'écu ' , c'est un marché tout fait.

LA LINGÈRE, à Florice.

Kh bien, qu'en dites-vous?

J'en suis toute ravie, Et n'ai rien encor vu de pareil en ma vie. Vous aurez notre argent, si l'on croit mon rapjiorl. Que celui-ci me semble et délicat et fort! Que cet autre me plaît ! que j'en aime l'ouvrage! RIontrez-m'en cependant quelqu'un à mon usage,

LA LINGÈRE

Voici de quoi vous faire un assez beau collet.

FLORICE.

Je pense, en vérité, qu'il ne serait pas laid ; Que me coiltera-t-il ?

LA LINGÈRE

Allez, faites-moi vendre, Et pour l'amour de vous, je n'en voudrai rien prendre Mais avisez alors à me récompenser.

FLORICE.

L'offre n'est pas mauvaise, et vaut bien y penser. Vous me verrez demain avecque ma maîtresse.

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