‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 223 sur 1093 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

LYSANDRE, CÉLIDÉE'.

LYSANDRE

Ke suivez pas du moins ce perfide à ma vue :

Avez-vous résolu que sa fuite me tue ,

Et qu'ayant su braver son plus vaillant effort ,

Par sa retraite infâme il me donne la mort ?

Pour en frapper le coup , vous n'avez qu'à le suivre.

CÉLIDÉE.

Je tiens des gens sans foi si peu dignes de vivre , Qu'on ne verra jamais que je recule un pas De crainte de causer un si juste trépas.

LYSANDRE

Eh bien , voyez-le donc ; ma lame toute prête N'attendait que vos yeux pour immoler ma tête. Vous lirez dans mon sang , à vos pieds répandu , Ce que valait l'amant que vous aurez perdu ; Et sans vous reprocher un si cruel outrage , Ma main de vos rigueurs achèvera l'ouvrage. Trop heureux mille fois si je plais en mourant A celle à qui j'ai pu déplaire en l'adorant; Et si ma propre mort, secondant son envie, L'assure du pouvoir qu'elle avait sur ma vie!

CÉLIDÉE.

Moi , du pouvoir sur vous ! vos yeux se sont mépris ;

' Celte intrigue de deux amants qui pour s'éprouver, feignent iine inconstance mutuelle, et qui Unissent par se. réconcilier, a (■■lé souvent répétée au tliéàlre , f t presque toujours avec succès; mais c'est à Corneille que l'invention en est due, et le grand nombre de ses imitateurs prouve assez combien (il isl piquante. { P. )

Et quelque illusion qui trouble vos esprits Vous fait imaginer d'être auprès d'HippoIyte. Allez , volage , allez où l'amour vous invite; Dans ses doux entretiens recherchez vos plaisirs , Et ne m'empêchez plus de suivre mes désirs.

Ce n'est pas sans raison que ma feinte passée

A jeté cette erreur dedans votre pensée.

îl est vrai, devant vous forçant mes sentiments ,

.T'ai présenté des vœux,j'aifaitdes compliments;

Mais c'étaient compliments qui partaientd'unesoucho^

RIon cœur, que vous teniez, désavouait ma bouche.

Pleirante, qui rompit ces ennuyeux discours.

Sait bien que mon amour n'en changea pointdecoiirs^

Contre votre froideur une modeste plainte

Fut tout notre entretien au sortir de la feinte ;

Etje le priai lors...

CÉLIDÉE.

D'user de son pouvoir?

Ce n'était pas par là qu'il me fallait avoir. Les mauvais traitements ne font qu'aigrir les âmr

LYSANDRE

Confus, désespéré du mépris de mes flammes. Sans conseil, sans raison, pareil aux matelots Qu'un naufrage abandonne à la merci des flots, .Te me suis pris à tout, ne sachant où me prendre : Ma douleur par mes cris d'abord s'est fait entend le ; .T'ai cru que vous seriez d'un naturel plus doux, Pourvu que votre esprit devînt un peu jaloux; .T'ai fait agir pour moi l'autorité d'un père, .T'ai fait venir aux mains celui qu'on me préfère ; Et puisque ces efforts n'ont réussi qu'en vain , J'aurai de vous ma grâce, ou la mort de ma main : Choisissez, l'une ou l'autre achèvera mes peines ; Mon sang brille déjà de sortir de mes veines : Il faut, pour l'arrêter, me rendre votre amour; Je n'ai plus rien sans lui qui me retienne au jour.

CÉLIDÉE.

Volage, fallait-il , pour un peu de rudesse, Vous porter si soudain à changer de maîtresse? Que je vous croyais bien un jugement plus nieur ' ! Ne pouviez-vous souffrir de ma mauvaise humeur ? Ne pouviez-vous juger que c'était une feinte A dessein d'éprouver quelle était votre atteinte.' Les dieux m'en soient témoins, et ce nouveau sujet Que vos feux inconstants ont choisi pour objet Si jamais j'eus pour vous de dédain véritable. Avant que votre amour parût si peu durable! Qu'llippolyte vous die avec quels sentiments Je lui fus raconter vos premiers mouvements. Avec quelles douceurs je m'étais préparée

' Meitr. Ce mot se prononçait alors comme il s'éci'ivnit : t)^ en a fait mùr, pour se rap,)r(icher de l'élymolosie , maturut^

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