‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 224 sur 1093 · LA GALERIE DU PALAIS, ACTE V, SCÈNE V · texte numérisé non relu

LA GALERIE DU PALAIS, ACTE V, SCÈNE V

A redonner la joie à votre âme éplorée! Dieux ! que je fus surprise, et mes sens éperdus, Quand je vis vos devoirs à sa beauté rendus ! Votre légèreté fut soudain imitée :

Non pas que Dorimant m'en eût sollicitée ; Au contraire, il me fuit, et l'ingrat ne veut pas Que sa franchise cède au peu que j'ai d'appas; ]\Iais, hélas! plus il fuit, plus son portrait s'efface. Je vous sens, malgré moi, reprendre votre place. L'aveu de votre erreur désarme mon courroux; Ne redoutez plus rien, l'amour combat pour vous. Si nous avons failli de feindre l'un et l'autre, Pardonnez à ma feinte, et j'oublîrai la vôtre. Moi-même, je l'avoue à ma confusion, Mon imprudence a fait notre division. Tu ne méritais pas de si rudes alarmes : Accepte un repentir accompagné de larmes; Et souffre que le tien nous fasse tour à tour Par ce petit divorce augmenter notre amour.

LYSANDBE.

Que vous me surprenez ! 0 ciel ! est-il possible Que je vous trouve encore à mes désirs sensible? Que j'aime ces dédains qui finissent ainsi !

CÉLIDÉE.

Et pour l'amour de toi , que je les aime aussi !

LYSANDRE

Que ce soit toutefois sans qu'il vous prenne envie De les plus essayer au péril de ma vie.

CÉLIDÉE.

.T'aime trop désormais ton repos et le mien ; Tous mes sens n'iront pius qu'à notre commun bien. Voudrais-je, après ma faute, une plus douce amende Que l'effet d'un hymen qu'un père me commande? .le t'accusais en vain d'une infidélité : 11 agissait pour toi de pleine autorité. Me traitait de parjure et de fille rebelle : Mais allons lui porter cette heureuse nouvelle; Ce que pour mes froideurs il témoigne d'horreur Mérite bien qu'en hâte on le tire d'erreur.

LYSANDBE.

Vous craignez qu'à vos yeux cette belle Hippolyte N'ait encor de ma bouche un hommage hypocrite?

CÉLIDÉE.

Non : je fuis Dorimant qu'ensemble j'aperçoi ; Je ne veux plus le voir, puisque je suis à toi.

DORIMANT, HIPPOLYTK.

DOBIMANT.

Autant que mon esprit adore vos mérites , Autant v(';i\-jp du mal à vos longues visites.

HIPPOLYTE

Que vous ont-elles fait, pour vous mettre en courroux?

DOBIMAJÎT.

Elles m'ôtent le bien de vous trouver chez vous. J'y fais à tous moments une course inutile ; J'apprends cent fois le jour que vous êtes en ville : En voici presque trois que je n'ai pu vous voir, Pour rendre à vos beautés ce que je sais devoir; Et n'était qu'aujourd'hui cette heureuse rencontre, Sur le point de rentrer, par hasard me les montre, Je crois que ce jour même aurait encor passé Sans moyen de m'en plaindre aux yeux qui m'ont bles- HippoLYTE. [se.

Ma libre et gaie humeur hait le ton de la plainte; Je n'en puis écouter qu'avec de la contrainte. Si vous prenez plaisir dedans mon entretien. Pour le faire durer ne vous plaignez de rien. ]

DORIMANT.

Vous me pouvez ôter tout sujet de me plaindre.

HIPPOLYTE

Et vous pouvez aussi vous empêcher d'en feindre.

DOBIMANT.

Est-ce en feindre un sujet qu'accuser vos rigueurs ? -

HIPPOLYTE

Pour vous en plaindre à faux , vous feignez des lan- DOBiMANT. [giieurs,

Verrais-je, sans languir, ma flamme qu'on néglige?

HIPPOLYTE

Éteignez cette flamme où rien ne vous oblige.

DOBIMANT.

Vos charmes trop puissants me forcent à ces vœux.

HIPPOLYTE

Oui ; mais rien ne vous force à vous approcher d'eux.

DORIMANT.

Ma présence vous fâche et vous est odieuse.

HIPPOLYTE

Non; mais tout ce discours la peut rendre ennuyeuse.

DOBIMANT.

Je vois bien ce que c'est ; je lis dans votre cœur : Il a reçu les traits d'un plus heureux vainqueur; Un autre, regardé d'un œil plus favorable, A mes submissions vous fait inexorable; C'est pour lui seulement que vous voulez brûler.

HIPPOLYTE

II est vrai ; je ne puis vous le dissimuler : Il faut que je vous traite avec toute franchise. Alors que je vous pris, un autre m'avait prise, ,

Un autre captivait mes inclinations.

Vous devez présumer de vos perfections Que si vous attaquiez un cœur qui fût à prendre. Il serait malaisé qu'il s'en pût bien défendre. Vous auriez eu le mien, s'il n'eût été donné; Mais, puisque les destins ainsi l'ont ordonné. Tant que ma passion aura quelque espérance,

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