‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 228 sur 1093 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

PLEIRANTE, CIIRYSAISTE , LYSANDRE, DORIMAIST, CÉLIDÉE, HIPPOLYTE, FLORICE.

DORIMANT , à Chrysante.

Madame, un pauvre amant, captif de cette belle , Implore le pouvoir que vous avez sur elle; Tenant ses volontés , vous gouvernez mon sort. J'attends de votre bouche ou la vie ou la mort,

CHRYSANTE, à DorimaïU.

Un homme tel que vous , et de votre naissance , Ne peut avoir besoin d'implorer ma puissance. Si vous avez gagné ses inclinations, Sovez sur du succès de vos affections : Mais je ne suis pas femme à forcer son courage ; Je sais ce que la force est en un mariage. Il me souvient encor de tous mes déplaisirs Lorsqu'un premier hymen contraignit mes désirs; Et , sage à mes dépens , je veux bien qu'Hippoly te Prenne ou laisse, à son choix, un homme de mérite. Ainsi présumez tout de mon consentement, iMais ne prétendez rien de mon commandement.

DORIMANT , à IJippolyfe.

Après un tel aveu serez-vous inhumaine ?

HIPPOLYTE, à Chrysante.

Madame, un mot de vous me mettrait hors dt- peine. Ce que vous remettez à mon choix d'accorder, Vous feriez beaucoup mieux de me le commander.

PLEIRANTE, à Chryscinte.

Elle vous montre assez où son désir se porte.

CHRYSANTE

Puisqu'elle s'y résout , le reste ne m'importe.

DORÎMANT.

Ce favorable mot me rend le plus heureux De tout ce que jamais on a vu d'amoureux.

LYSANDRE

J'en sens croître la joie au milieu de mon âme , Comme si de nouveau l'on acceptait ma (lamnie.

HIPPOLYTE, à Lysandre.

Ferez-vous donc enfin quelque chose pour moi ?

LYSANDRE

Tout , hormis ce seul point , de lui man(iuer de Un.

Pardonnez donc à ceux qui , gagnés par Florice , Lorsque je vous aimais, m'ont fait quelque service.

LYSANDRE

Je vous entends assez; soit. Aronte impuni Pour ses mauvais conseils ne sera point banni ; Tu le souffriras bien, puisqu'elle m'en supplie.

CÉLIDÉE.

il n'esl rien que pour elle et pour toi je n'oublir

PLEIRANTE,

Attendant que demain ces deux couples d'amants Soient mis au plus haut point de leurs contentementg, Allons chez moi, madame, achever la journée.

CHRYSANTE

Mon cœur est tout ravi de ce double hyménée.

FLORICE.

3Iais , afin que la joie en soit égale à tous ,

{montrant Pleirante. )

Faites encor celui de monsieur et de vous.

CHRYSANTE

Outre l'âge ' en tous deux un peu trop refroidie , Cela sentirait trop sa fin de comédie.

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EXAMEN DE LA GALERIE DU PALAIS

Ce titre serait tout à fait iirégulier, puisqu'il n'esl Ibiidc que sur le spectacle du premier acte, où commence l'amour de Dorimant pour Hippolyte, s'il n'était autorisé par l'exemple «les anciens, qui étaient sans doute encore bien plus licencieux, quand ils ne donnaient à leurs tragédies que le nom des cliœur», qui n'étaient que témoins de l'action, comme les Trachinlennes et les Phéniciennes. L'Ajax même de Sophocle ne porte pas pour titre la Mort d'Ajax , qui est sa principale action, mais Ajax porte-fouet , qui n'est que l'action du premier acte. Je ne parle point des Nuées, des Guêpes et des Grenouilles d'Aristophane ; ceci doit suffire pour montier que les Grecs, nos premiers maîtres, ne s'attachaient point à la principale action pour en faire porter le nom à leurs ouvrages, et qu'ils ne gaidaicnt aucune règle sur cet article. J'ai donc pris ce titre de ta Galerie du Palais, parce que la promesse de ce spectacle extraordinaire et agréable pour sa naïveté, devait exciter vraisemblablement la curiosité des auditeurs; cl c'a été pour leur plane plus d'une fois, <[ue j'ai fait paraître ce même spectacle à la lin du quatrième acte, où il est entièrement inutile, et n'est renoué avec celui du premier que par des valets qui'viennenf prendre dans les boutiques ce que leur» maîtres y avaient acheté, ou voir si les marchands ont ic<;u les nippes qu'ils attendaient. Celte espèce do renouemcnl hii était nécessaire , afin qu'il eut quelque liaison qui lui fil trouver sa place, et qu'il ne fût pas tout à fait hois d'<cuvre. La lencontre que j'y fais faiie d'Aronte et de Floiice est ce qui le fixe particulièrement en ce lieu-là; et sans

' Le genre du mot ûyc n'élait pas encore fixé du temp.'; do Corneille. Mallierbe le faisait indifféremment masculin et (c. ininin :

Quoi que Tàge passé raconte...

Que d'hommes fortunés en leur âge première ..

n n'est peut-être pas inutile de faire remarquer que, daii.s le dernier vers, sentir sa fin de comédie signifie avoir l'air d'être amené exprès pour finir In comédie. Cette longue périphrase, dont on serait obligé de se servir aujourd'hui (Miur èlre compris, fait disparaître toute la vivacité de la loculio» ' mployée par Corneille.

EXAMEN DE LA GALERIE DU PALAIS

ccl incident, il eût été aussi propre à la fin du second ou du troisième, qu'en la place qu'il occupe. Sans cet agrément la pièce aurait été très-régulière pour l'unilé de lieu et la liaison des scènes, qui n'est interrompue que par là. Célidée et Hippolyte sont deux voisines dont les demeures ne sont séparées que par le travers d'une rue, et ne sont pas d'une condition trop élevée pour souffrir que leurs amants les entretiennent à leur porte. 11 est vrai que ce qu'elles y disent serait mieux dit dans une chambre ou dans une salle. Ce n'est que pour se faire voir aux spectateurs qu'elles quittent celte porte où elles devraient être retranchées , et viennent parler au milieu de la scène ; mais c'est un accom. modement de théAtre qu'il fiuU souffrir pour trouver cette rigoureuse unité de lieu qu'exigent les grands réguliers. 11 sort un peu de l'exacte vraisemblance et de la bienséance même; mais il est presque impossible d'en user autrement ; et les spectateurs y sont si accoutumés, qu'ils n'y trouvent rien qui les blesse. Les anciens , sur les exemples desquels on a formé les règles, se donnaient cette liberté; ils choisissaient pour le lieu de leurs comédies, et même de leurs tragédies, une place publique; mais je m'assure qu'à les bien examiner, il y a plus de la moitié de ce qu'ils font dire qui serait mieux dit dans la maison qu'en cette place- Je n'en produirai qu'un exemple, sur qui le lecteur en pourra trouver d'autres.

V Andrienne de Térence commence par le vieillard Simon , (\m revient du marché avec des valets chargés de ce qu'il vient d'acheter pour les noces de son fils; il leur commande d'entrer dans sa maison avec leur charge, et retient avec lui Sosie, pour lui apprendre que ces noces ne sont que des noces feintes, à dessein de voir ce qu'en diia son fils, qu'il croit engagé dans une autre affection dont il lui conte l'histoire. Je ne pense pas qu'aucun me dénie qu'il serait mieux dans sa salle à lui faire confidence de ce secret, que dans une rue. Dans la seconde scène, il menace Davus de le maltraiter, s'il fait aucune fourbe pour troubler ces noces : il le menacerait plus à propos dans sa maison qu'en public; et la seule raison qui le fait parler devant

son logis, c'est afin que ce Davus, demeuré seul, puisse voir Mysis sortir de chez Glycère, et qu'il se fasse une liaison d'dul entre ces deux scènes; ce qui ne regarde p.as l'action présente de cette première , qui se passerait mieux dans la maison, mais une action future qu'ils ne prévoient point, et qui est plutôt du dessein du poëte, qui force un peu la vraisemblance pour observer les règles de son art, que du choix des acteurs qui ont à parler, et qui ne seraient pas où les met le poëte, s'il n'était question que de dire ce qu'il leur fait dire. Je laisse aux curieux à examiner le reste de cette comédie de ïérence; et je veux croire (pi'à moins que d'avoir l'esprit fort préoccupé d'un sentiment contraire, ils demeureront d'accord de ce que je dis.

Quant à la durée de cette pièce, elle est dans le même ordre que la précédente, c'est-à-dire dans cinci jours consécutifs. Le style en est plus fort et plus dégagé des pointes dont j'ai parlé, qui s'y trouveront assez rares. Le personnage de nourrice, qui est de la vieille comédie, et que le manque d'actrices sur nos théâtres y avait conservé jusqu'alors, afin qu'un homme le pût représenter sous le masque, se trouve ici métamorphosé en celui de suivante, qu'une femme représente sur son visage. Le caractère des deux amantes a quelque chose de choquant, en ce qu'elles sont toutes deux amoureuses d'hommes qui ne le sont i)oint d'elles, et Célidée particulièrement s'emporte jusqu'à s'offrir elle-même. On la pourrait excuser sur le violent dépit qu'elle a de s'être vue méprisée par son amant, qui, en sa présence même, a conté des fleurettes à une autre; et j'aurais de plus à dire que nous ne mettons pas sur la scène des personnages si parfaits, qu'ils ne soient sujets à des défauts et aux faiblesses qu'impriment les passions; mais je veux bien avouer que cela va trop avant, et passe trop la bienséance et la modestie du sexe, bien qu'absolument il ne soit pas condamnable. En récompense, le cinquième a<;te est moms traînant que celui des précédentes, et conclut deux mariages sans laisser aucun mécontentement ; ce qui n'arrive pas dans celles-là.

FIN DE LA GALERIE DU PALAIS

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