LA SUIVANTE, ACTE III, SCÈNE II
On l'avait écailée à des commissions.
Je viens de le trouver, tout ravi dans son âme
D'avoir eu les moyens de déclarer sa flamme,
Kt qui présume tant de ses prospérités ,
Qu'il croit ses vœux reçus, puisqu'ils sont écoutés;
Et certes son espoir n'est pas hors d'apparence;
Après ce bon accueil et cette conférence,
Dont Daplmis elle-même a fait l'occasion ,
J'en crains fort un succès à ta confusion.
Tâchons d'y donner ordre ; et , sans plus de langage ,
Avise en quoi tu veux employer mon courage.
THÉANTE
Lui disputer un bien où j'ai si peu de part , Ce serait m'exposer pour quelque autre au hasard. Le duel est fâcheux , et quoi qu'il en arrive, De sa possession l'un et l'autre il nous prive, Puisque de deux rivaux, l'un mort, l'autre s'enfuit. Tandis que de sa peine un troisième a le fruit '. A croire son courage, en amour on s'abuse; La valeur d'ordinaire y sert moins que la ruse.
DAMON
Avant que passer outre , un peu d'attention.
THÉANTE
Te viens-tu d'aviser de quelque invention ?
DAMON
Oui , ta seule maxime en fonde l'entreprise. Clarimond voit Daphnis, il l'aime, il la courtise; Kt quoiqu'il n'en reçoive encor que des mépris , Un moment de bonheur lui peut gagner ce prix.
THÉAXTE.
Ce rival est bien moins à redouter qu'à plaindre.
DAMON
Je veux que de sa part tu ne doives rien craindre ; IN'est-cepas le plus sûr qu'un duel hasardeux Entre Florame et lui les en prive tous deux ?
THÉANTE
Crois-tu qu'avec Florame aisément on l'engage ?
DA.MON
Je l'y résoudrai trop avec un peu d'ombrage. Un amant dédaigné ne voit pas de bon œil Ceux qui du même objet ont un plus doux accueil. Des faveurs qu'on leur fait il forme ses offenses , Et pour peu qu'on le pousse, il court aux violences. Nous les verrions par là , l'un et l'autre écartés , Laisser la place libre à tes félicités.
THÉANTE
Oui ; mais s'il t'obligeait d'en porter la parole ?
DAMON
Tu te mets en l'esprit une crainte frivole.
• Ce raisonnement, aussi simple que juste, devait faire impression sur ceux à qui un faux point d'honneur mettait les armes a la main. Corneille ne perdit pas une seule occasiou de s'élever contre ce ridicule et odieux préjn;;é.
Mon péril de ces lieux ne te bannira pas ; Et moi, pour te servir je courrais au trépas.
THÉANTE
En même occasion dispose de ma vie ,
Et sois sûr que pour toi j'aurai la même envie.
DAMON
Allons, ces compliments en retardent l'effet.
THÉANTE
Le ciel ne vit jamais un ami si parfait.
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