‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 263 sur 1093 · FLORAME, DAPHNIS · texte numérisé non relu

FLORAME, DAPHNIS

DAPHNIS

Quoi ! vous voilà , Floramo ?

Je vous avais prie tantôt de me quitter.

FLORAME

Et je vous ai quittée aussi sans contester.

DAPHNIS

Mais revenir si tôt , c'est me faire une offense.

FLORAME

Quand j'aurais sur ce point reçu ([uelque défense , Si vous saviez quels feux ont pressé mon retour, V )us en pardonneriez le crime à mon amour.

LA SUIVANTE, ACTE m, SCÈNE X.

DAPHNIS

iS'e VOUS préparez point à dire des merveilles , Pour me persuader des flammes sans pareilles. Je crois que vous m'aimez , et c'est en croire plus Que n'en exprimeraient vos discours superflus.

FLORAME

Mes feux, qu'ont redoublés ces propos adorables, A force d'être crus deviennent incroyables; Et vous n'en croyez rien qui ne soit au-dessous : Que ne m'est-il permis d'en croire autant de vous !

DAPHNIS

Votre croyance est libre.

FLORAME

Il me la faudrait vraie.

DAPHNIS

Mon cœur parmes regards vous fait trop voir sa plaie. Un homme si savant au langage des yeux ]N"e doit pas demander que je m'explique mieux. Mais, puisqu'il vous eu faut un aveu de ma bouche, Allez, assurez-vous que votre amour me touche. Depuis tantôt je parle un peu plus librement. Ou , si vous le voulez, un peu plus hardiment : Aussi j'ai vu mon père ; et s'il vous faut tout dire , Avec tous nos désirs sa volonté conspire.

FLORAME

Surpris , ravi , confus , je n'ai que repartir. Être aimé de Daphnis ! un père y consentir ! Dans mon affection ne trouver plus d'obstacles ! Mon espoir n'eut osé concevoir ces miracles.

Miracles toutefois qu'Amarante a produits ; De sa jalouse humeur nous tirons ces doux fruits. Au récit de nos feux, malgré son artifice, La bonté de mon père a trompé sa malice ; Du moins je le présume, et ne puis soupçonner Que mon père sans elle ait pu rien deviner.

FLORAME

Les avis d'Amarante, en trahissant ma flamme , IN'ont point gagné Géraste en faveur de Florame. Les ressorts d'un miracle ont un plus haut moteur, Et tout autre qu'un dieu n'en peut être l'auteur.

DAPHNIS

C'en est un que l'Amour.

FLORAME

Et vous verrez peut-être Que son pouvoir divin se fait ici paraître , [ tem [s , Dont quelques grands effets, avant qu'il soit long- Vous rendront étonnée, et nos désirs contents.

DAPHNIS

Florame, après vos feux et l'aveu de mon père , L'Amour n'a point d'effets capables de me plaire.

FLORAME

Aimez-en le premier, et recevez la foi

t"»'un bienheureux amant qu'il met sous votre lui.

DAPH-MS.

Vous , prisez le dernier qui vous donne la mienne,

FLORAME

Quoique dorénavant Amarante survienne , Je crois que nos discours iront d'un pas égal. Sans donner sur le rhume , ou gauchir sur le bal «.

DAPHNIS

Si je puis tant soit peu dissimuler ma joie, Et que dessus mon front son excès ne se voie, Je me joùrai bien d'elle , et des empêchements Que son adresse apporte à nos contentements.

FLORAME

J'en apprendrai de vous l'agréable nouvelle. Un ordre nécessaire au logis me rappelle , Et doit fort avancer le succès de nos vœux.

DAPHNIS

Ts'ous n'avons plus qu'une âme et qu'un vouloir tous Bien que vous éloigner ce me soit un martyre, [deux. Puisque vous le voulez , je n'y puis contredire. IMais quand dois-je espérer de vous revoir ici ?

FLORAME

Dans une heure au plus tard.

DAPHNIS

Allez donc : la voici.

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