‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 272 sur 1093 · THÉANTE, FLORAME · texte numérisé non relu

THÉANTE, FLORAME

FLORAME

Quelle surprise, anii , paraît sur ton visage ?

TllÉANTE.

T'ayant cherché longtemps , je demeure confus De t'avoir rencontré quand je n'y pensais plus.

FLORAME

Parle plus franchement. Fâché de ta promesse, Tu veux et n'oserais reprendre ta maîtresse ? Ta passion , qui souffre une trop dure loi , Pour la gouverner seul te dérobait de moi ?

THÉANTE

De peur que ton esprit formât cette croyance , De l'aborder sans toi je ferais conscience.

FLORAME

C'est ce qui t'obligeait sans doute à me chercher? Mais ne te prive plus d'un entretien si cher. Je te cède Amarante , et te rends ta parole : J'aime ailleurs; et lassé d'un compliment frivole, Et de feindre une ardeur qui blesse mes amis , Ma flamme est véritable, et son effet permis. J'adore une beauté qui peut disposer d'elle , Et seconder mes feux sans se rendre infidèle.

TllÉANTE.

Tu veux dire Daphnis?

FLORAME

Je ne puis te celer Qu'elle est l'unique objet pour qui je veux briller.

THÉANTE

Le bruit vole déjà qu'elle est pour toi sans glace , Et déjà d'un cartel Clarimond te menace.

FLORAME

Qu'il vienne, ce rival , apprendre, à son maliieur, Que s'il me passe en biens, il me cède on valeur Que sa vaine arrogance, en ce duel trompée, Me fasse mériter Daphnis à coups d'épée. Par là je gagne tout; ma générosité Suppléera ce qui fait notre inégalité; Et son père, amoureux du bruit de ma vaillance, La fera sur ses biens emporter la balance.

THÉANTE

Tu n'en peux espérer un moindre événement : L'heur suit dans les duels le plus heureux amant ; Le glorieux succès d'une action si belle, Ton sang mis au hasard , ou répandu pour elle, INe peut laisser au père aucun lieu de refus. Tiens ta maîtresse acquise, et ton rival confus; Et sain t'éj)ouvanlor d'une vaine fortune

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