GÉRASTE, DAPHNIS
GÉRASTE
Faudra-t-il que de vous je reçoive la loi , Et que l'aveuglement d'une amour obstinée Contre ma volonté règle votre hy menée.? Mon extrême indulgence a donné, par malheur, A vos rébellions quelque faible couleur ; Etpourquelque momentque vos feuxm'ont su plaire, Vous pensez avoir droit de braver ma colère : Mais sachez qu'il fallait , ingrate, en vos amours , Ou ne m'obéir point , ou m'obéir toujours.
DAPHNIS
Si dans mes premiers feux je vous semble obstinée , C'est l'effet de ma foi sous votre aveu donnée. Quoi que mette en avant votre injuste courroux , Je ne veux opposer à vous-même que vous. Votre permission doit être irrévocable : Devenez seulement à vous-même semblable.
Il vous fallait, monsieur, vous-même à mes amours, Ou ne consentir point , ou consentir toujours. Je choisirai la mort plutôt que le parjure ; M'y voulant obliger, vous vous faites injure. Ne veuillez point combattre ainsi hors de saison Votre vouloir, ma foi, mes pleurs , et la raison. Que vous a fait Daphnis? que vous a fait Florame, Que pour lui vous vouliez que j'éteigne ma flamme?
GÉRASTE
Mais que vous a-t-il fait, que pour lui seulement Vous vous rendiez rebelle à mon commandement? Ma foi n'est-elle rien au-dessus de la vôtre ? Vous vous donnez à l'un ; ma foi vous donne à l'autre. Qui le doit emporter ou de vous ou de moi ? Et qui doit de nous deux plutôt manquer de foi? Quand vous en manquerez , mon vouloir vous excuse. Mais à trop raisonner moi-même je m'abuse; Il n'est point de raison valable entre nous deux, Et pour toute raison il suffit que je veux.