‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 287 sur 1093 · GÉRASTE, DAPHNIS, FLORAME, CÉLIE, AMARANTE · texte numérisé non relu

GÉRASTE, DAPHNIS, FLORAME, CÉLIE, AMARANTE

DAPHNIS

Voici ce cher amant qui me tient engagée , A qui sous votre aveu ma foi s'est obligée. Changez de volonté pour un objet nouveau ; Daphnis épousera Florame, ou le tombeau.

Que vois-je ici , bons dieux ?

DAPHNIS

Mon amour, ma constance.

GÉBASTE.

Et sur quoi donc fonder ta désobéissance? Quel envieux démon , et quel charme assez fort , Faisait entre-choquer deux volontés d'accord? C'est lui que tu chéris, et que je te destine ; Et ta rébellion dans un refus s'obstine!

FLOBAME.

Appelez-vous refus , de me donner sa foi , Quand votre volonté se déclara pour moi.' Et cette volonté , pour une autre tournée , Vous peut-elle obéir après la foi donnée?

GÉRASTE

C'est pour vous que je change, et pour vous seulement Je veux qu'elle renonce à son premier amant. Lorsque je consentis à sa secrète flamme , C'était pour Clarimond qui possédait son âme; Amarante du moins me l'avait dit ainsi.

DAPHNIS

Amarante, approchez; que tout soit éclaîrei. Une telle imposture est-elle pardonnable?

AMARANTE. '

Mon amour pour Florame en est le seul coupable : Mon esprit l'adorait ; et vous étonnez-vous S'il devint inventif, puisqu'il était jaloux?

GÉRASTE

Et par là tu voulais...

Que votre ûme déçue Donnât à Clarimond une si bonne issue, Que Florame, frustré de l'objet de ses vœux, Fût réduit désormais à seconder mes feux.

FLORAME

Pardonnez-lui, monsieur; et vous, daignez, madame, Justifier son feu par votre propre flamme.

TE V, SCENE VI U i i:

Si vous m'aimez cncor, vous devez estimer Qu'on ne peut faire un crime à force de m'aimer.

DAPHNIS

Si je t'aime, Florame? Ah! ce doute m'offense. D'Amarante avec toi je prendrai la défense.

GÉRASTE

Et moi dans ce pardon je vous veux prévenir; Votre hymen aussi bien saura trop la punir.

DAPHNIS

Qu'un nom tu par hasard nous a donné de peine 1

CÉLIE

IMais que, su maintenant, il rend sa ruse vaine, Et donne un prompt succès à vos contentements

FLORAME, à Géraste.

Vous, de quije les tiens...

GÉRASTE

Trêve de compliments Ils nous empêcheraient de parler de Florise.

Il n'en faut point parler ; elle vous est acquise.

GÉBASTE.

Allons donc la trouver : que cet échange heureux Comble d'aise à son tour un vieillard amoureux,

DAPHNIS

Quoi ! je ne savais rien d'une telle partie !

FLORAME

Je pense toutefois vous avoir avertie

Qu'un grand effet d'amour, avant qu'il fiit longtemps

Vous rendrait étonnée, et nos désirs contents.

Mais différez , monsieur, une telle visite;

Mon feu ne souffre point que si tôt je la quitte;

Et d'ailleurs je sais trop que la loi du devoir

Veut que je sois chez nous pour vous y recevoir-

GÉRASTE, à Célie.

Va donc lui témoigner le désir qui me presse.

FLORAME

Plutôt fais-la venir saluer ma maîtresse :

Ainsi tout à la fois nous verrons satisfaits

Vos feux et mon devoir, ma flamme et vos souhaits.

GÉRASTE

Je dois être honteux d'attendre qu'elle vienne.

CÉLIE

Attendez-la, monsieur, et qu'à cela ne tienne : Je cours exécuter cette commission.

GÉRASTE

Le temps en sera long à mon affection.

FLORAME

Toujours l'impatience à l'amour est mêlée.

GÉRASTE

Allons dans le jardin faire deux tours d'allée, Afin que cet ennui que j'en pourrai sentir Parmi votre entretien trouve à se divertir.

EXAMEN DE LA SUIVANTE

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