‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 291 sur 1093 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

DORASTE, PHYLTS.

DOBASTE.

Le voici.

Ma sœur, ne cherche plus une chose trouvée : Sa fuite n'est l'effet que de mon arrivée ; Ma présence la chasse; et son muet départ A presque devancé son dédaigneux regard.

PHYLIS

Juge par là quels fruits produit mon entremise. Je m'acquitte des mieux de la charge commise ; Je te fais plus parfait mille fois que tu n'es : Ton feu ne peut aller au point où je le mets ; J'invente des raisons à combattre sa haine ; Je blâme , flatte , prie , et perds toujours ma peine , En grand péril d'y perdre encor son amitié, Et d'être en tes malheurs avec toi de moitié.

DOBASTE.

Ah ! tu ris de mes maux.

PHYLIS

Que veux-tu que je fasse ?

Ris des miens, si jamais tu me vois en ta place. Que serviraient mes pleurs? veux-tu qu'à tes tour- J'ajoute la pitié de mes ressentiments ? [ments

Après mille mépris qu'a reçus ta folie, Tu n'es que trop chargé de ta mélancolie ; Si j'y joignais la mienne, elle t'accablerait, El de mon déplaisir le tien redoublerait; Contraindre mon humeur me serait un supplice Qui me rendrait moins propre à te faire service. Vois-tu? par tous moyens je te veux soulager; Mais j'ai bien plus d'esprit que de m'en affliger. Il n'est point de douleur si forte en un courage Qui ne perde sa force auprès de mon visage ; C'est toujours de tes maux autant de rabattu : Confesse, ont-ils encor le pouvoir qu'ils ont eu ? r^e sens-tu point déjà ton âme un peu plus gaie ?

DORASTE

Tu me forces à rire en dépit que j'en aie '. Je souffre tout de toi , mais à condition D'employer tous tes soins à mon affection. Dis-moi par quelle ruse il faut...

' En d<-/jii qiif j'en aie. Façon de parler tombée en désuétude. On (lirait aiijourd'liui malgré moi; et cette locution a 4out â la foi> plus de clarté et plus de simplicité.

PHYLIS

Rentrons, monfi( le:

L^n de mes amants vient, qui pourrait nous distraire.

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