‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 300 sur 1093 · LA PLACE ROYALE, ACTE II, SCÈNE V · texte numérisé non relu

LA PLACE ROYALE, ACTE II, SCÈNE V

PHYLIS

De le garder longtemps elle n'a pas la mine;

Et j'estime si peu ces nouvelles amours.

Que je te pleige ' encor son retour dans deux jours;

Et lors ne pense pas , quoi que tu te proposes ,

Que de tes volontés devant lui tu disposes.

Prépare tes dédains , arme-toi de rigueur,

Une larme , un soupir, te percera le cœur ;

Et je serai ravie alors de voir vos flammes

Brûler mieux que devant , et rejoindre vos âmes.

Mais j'en crains un succès à ta confusion :

Qui change une fois , change à toute occasion ;

Et nous verrons toujours , si Dieu le laisse vivre,

Un change , un repentir, un pardon , s'entre-suivre.

Ce dernier est souvent l'amorce d'un forfait ;

Et l'on cesse de craindre un courroux sans effet.

ANGÉLIQUE

Sa faute a trop d'excès pour être rémissible , ;\Ia sœur ; je ne suis pas de la sorte insensible : Et si je présumais que mon trop débouté Pût jamais se résoudre à cette lâcheté , Qu'un si honteux pardon pût suivre cette offense. J'en préviendrais le coup, m'en ôtant la puissance. Adieu : dans la colère où je suis aujourd'hui , J'accepterais plutôt un barbare que lui.

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