LA PLACE ROYALE, ACTE II, SCÈNE V
PHYLIS
De le garder longtemps elle n'a pas la mine;
Et j'estime si peu ces nouvelles amours.
Que je te pleige ' encor son retour dans deux jours;
Et lors ne pense pas , quoi que tu te proposes ,
Que de tes volontés devant lui tu disposes.
Prépare tes dédains , arme-toi de rigueur,
Une larme , un soupir, te percera le cœur ;
Et je serai ravie alors de voir vos flammes
Brûler mieux que devant , et rejoindre vos âmes.
Mais j'en crains un succès à ta confusion :
Qui change une fois , change à toute occasion ;
Et nous verrons toujours , si Dieu le laisse vivre,
Un change , un repentir, un pardon , s'entre-suivre.
Ce dernier est souvent l'amorce d'un forfait ;
Et l'on cesse de craindre un courroux sans effet.
ANGÉLIQUE
Sa faute a trop d'excès pour être rémissible , ;\Ia sœur ; je ne suis pas de la sorte insensible : Et si je présumais que mon trop débouté Pût jamais se résoudre à cette lâcheté , Qu'un si honteux pardon pût suivre cette offense. J'en préviendrais le coup, m'en ôtant la puissance. Adieu : dans la colère où je suis aujourd'hui , J'accepterais plutôt un barbare que lui.