CLÉANDRE, PHYLIS, LYSIS
CLÉjVNDRK.
Il me faut bien passer, puisque la place est prise.
PHYLIS
Venez; cette raison est de mauvaise mise. D'un million d'amants je puis flatter les vœux.
' Dans CP sfiis, cnusir est un verhn lu-iilrp; cl pnr coiisc:- H\icnl il ne pcul pas se construire ninsi avee un réyiinc direct.
Et n'aurais pas l'esprit d'en entretenir deux? Sortez de cette erreur, et souffrant ce partage , Ne faites pas ici l'entendu davantage.
CLÉANDRE
Le moyen que je sois insensible à ce point ?
PHYLIS
Quoi ! pour l'entretenir, ne vous aimé-je point?
CLÉANDRE
Encor que votre ardeur à la mienne réponde,
Je ne veux plus d'un bien commun à tout le monde.
PHYLIS
Si vous nommez ma flamme un bien commun à tous , Je n'aime , pour le moins , personne plus que vous ; Cela vous doit suffire.
CLÉANDRE
Oui bien , à des volages Qui peuvent en un jour adorer cent visages; Mais ceux dont un objet possède tous les soins, Se donnant tout entiers , n'en méritent pas moins.
PHYLIS
De vrai , si vous valiez beaucoup plus que les autres, Je devrais dédaigner leurs vœux auprès des vôtres ; Mais mille aussi bien faits ne sont pas mieux traités, Et ne murmurent point contre mes volontés. Est-ce à moi , s'il vous plaît , de vivre à votre mode ? Votre amour, en ce cas , serait fort incommode : Loin de la recevoir, vous me feriez la loi. Qui m'aime de la sorte, il s'aime, et non pas moi.
LYSIS, à Cléandre.
Persiste en ton humeur, je te prie, et conseille A tous nos concurrents d'en prendre une pareille.
CLÉANDRE
Tu seras bientôt seul , s'ils veulent m'imiter.
PHYLIS
Quoi donc! c'est tout de bon que tu me veux quitter! Tu ne dis mot , rêveur, et pour toute réplique, Tu tournes tes regards du côté d'Angélique : Est-elle donc l'objet de tes légèretés ? Veux-tfi faire d'un coup deux infidélités, Et que dans mon offense Alidor s'intéresse? Cléandre , c'est assez de trahir ta maîtresse ; Dans ta nouvelle flamme épargne tes amis , Et ne l'adresse point en lieu qui soit promis.
CLÉANDRE
De la part d'Alidor je vais voir cette belle ; Laisse-m'en avee lui démêler la querelle, Et ne t'informe point de mes intentions.
IMIYLIS.
jniistpi'il me faut résoudre en mes af(li<'tions,
Kt que pour te garder j'ai trop peu de mérite,
Du moins, avant l'adieu, demeurons quittt- à quille,
Que ce que j'ai du tien je te le rende ici :
Tu m'as offert des v(cux , que je t'en offre aussi ;
l'.t faisons entre nous toutes choses égales.