‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 314 sur 1093 · ACTE QUATRIEME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIEME

ALÏDOR, CLÉANDRE, troupe d'hommes armés.

{L'acte est dans la nuit y et Alidor dit ce premier vers à Cléandre ; et l'at/ant fait retirer avec sa ti'oupe, il continue seul. )

ALIDOB.

Attends, sans faire bruit, que je t'en avertisse. Enfin la nuit s'avance , et son voile propice Me va faciliter le succès que j'attends [tents.

Pour rendre heureux Cléandre, et mes désirs con- Mon cœur, las de porter un joug si tyrannique, Ne sera plus qu'une heure esclave d'Angélique. Je vais faire un ami possesseur de mon bien : Aussi dans son bonheur je rencontre le mien. C'est moins pour l'obliger que pour me satisfaire , Moins pour le lui donner qu'afin de m'en défaire. Ce trait paraîtra lâche et plein de trahison ;

Mais cette lâcheté m'ouvrira ma prison.

Je veux bien, à ce prix, avoir l'âme traîtresse ,

Et que ma liberté me coûte une maîtresse.

Que lui fais-je, après tout, qu'elle n'ait mérité

Pour avoir, malgré moi , fait ma captivité ?

Qu'on ne m'accuse point d'aucune ingratitude;

Ce n'est que me venger d'un an de servitude ,

Que rompre son dessein , comme elle a fait le mien ,

Qu'user de mon pouvoir, comme elle a fait du sien ,

Et ne lui pas laisser un si grand avantage

De suivre son humeur, et forcer mon courage.

Le forcer! mais, hélas! que mon consentement,

Par un si doux effort , fut surpris aisément!

Quel excès de plaisir goûta mon imprudence

Avant que réfléchir sur cette violence !

Examinant mon feu , qu'est-ce que je ne perds ?

Et qu'il m'est cher vendu de connaître mes fers !

Je soupçonne déjà mon dessein d'injustice,

Et je doute s'il est ou raison ou caprice.

Je crains un pire mal après ma guérison ,

Et d'aller au supplice en rompant ma prison.

Alidor, tu consens qu'un autre la possède!

Tu t'exposes sans crainte à des maux sans remède !

Ne romps point les effets de son intention ,

Et laisse un libre cours à ton affection.

Fais ce beau couppour toi; suis l'ardeur qui te presse.

Mais trahir ton ami! mais trahir ta maîtresse !

Je n'en veux obliger pas un à me haïr,

Et ne sais qui des deux ou servir, ou trahir.

Quoi ! je balance encor, je m'arrête , je doute ! Mes résolutions , qui vous met en déroute? Revenez , mes desseins , et ne permettez pas Qu'on triomphe de vous avec un peu d'appas. En vain pour Angélique ils prennent la querelle; Cléandre, elle est à toi, nous sommes deux contre elle. ]Ma liberté conspire avecque tes ardeurs ; Les miennes désormais vont tourner en froideurs; Et , lassé de souffrir un si rude servage , J'ai l'esprit assez fort pour combattre un visage. Ce coup n'est qu'un effet de générosité , Et je ne suis honteux que d'en avoir douté.

Amour, que ton pouvoir tâche en vain de paraître ! Fuis , petit insolent, je veux être le maître; Il ne sera pas dit qu'un homme tel que moi En dépit qu'il en ait , obéisse à ta loi. Je ne me résoudrai jamais à l'hyménée Que d'une volonté franche et déterminée , Et ceJle à qui ses noeuds m'uniront pour jamais M'en sera redevable , et non à ses attraits ; Et ma flamme...

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