‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 32 sur 1093 · AUTRE LETTRE SUPPOSÉE DE MELITE A PHÎLANDBE · texte numérisé non relu

AUTRE LETTRE SUPPOSÉE DE MELITE A PHÎLANDBE

« Vous n'avez plus affaire qu'à Tircis, je le souf- <" fre encore , aQn que par sa hantise je remarque « plus exactement ses défauts et les fasse mieux « goûter à ma mère. Après cela Philandre et Mélite « auront tout loisir de rire ensemble des belles ima- « ginations dont le frère et la sœur ont repu leurs <i espérances. »

PHILATSDBE.

Te voilà tout rêveur, cher ami ; par ta foi , Crois-tu que ce billet s'adresse encore à toi ?

TIRCIS

Traître! c'est donc ainsi que ma sœur méprisée Sert à ton changement d'un sujet de risée.' C'est ainsi qu'à sa foi Mélite osant manquer, D'un parji"-e si noir ne fait que se moquer? C'est ainsi que sans honte à mes yeux tu subornes Un amour qui pour moi devait être sans bornes? Suis-moi tout de ce pas ; que l'épée à la main Un si cruel affront se répare soudain : Il faut que pour tous deux ta tête me réponde.

PHILANDRE

Si , pour te voir trompé , tu te déplais au monde , Cherche en ce désespoir qui t'en veuille arracher : Quant à moi , ton trépas me coûterait trop cher.

TIRCIS

Quoi ! tu crains le duel ?

PHILANDRE

Non; mais j'en crains la suite.

Où la mort du vaincu met le vainqueur en fuite; Kt du plus beau succès le dangereux éclat Kous fait perdre l'objet et le prix du combat.

Tant de raisonnement et si peu de courage Sont de tes lâchetés le digne témoignage. Viens , ou dis que ton sang n'oserait s'exposer.

PHILANDRE

T^Ion sang n'est plus à moi ; je n'en puis disposer. Mais puisque ta douleur de mes raisons s'irrite , l'en prendrai , dès ce soir, le congé de Mélite. Adieu.

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