‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 320 sur 1093 · ANGÉLIQUE, ALIDOR · texte numérisé non relu

ANGÉLIQUE, ALIDOR

ANGÉLIQUE

Je demande pardon de t'avoir fait attendre; D'autant qu'en l'escalier on faisait quelque bruit, i:t qu'un peu de lumière en effaçait la nuit, Je n'osais avancer, de peur d'être aperçue. Allons, tout est-il prêt? Personne ne m'a vue : De grâce , dépéchons , c'est trop perdre de temps , Et les moments ici nous sont trop importants; î'uyons vite, et craignons les yeux d'un domestique. Quoi! tu ne réponds rien à la voix d'Angélique?

ALIDOR

Angélique? mes gens vous viennent d'enlever;

Qui vous a fait si tôt de leurs mains vous sauver? Quel soudain repentir, quelle crainte de blâme, l'^l quelle ruse enfin vous dérobe à ma flamme ? Ne vous suffit-il point de me manquer de foi , Sans prendre encor plaisir à vous jouer de moi ?

ANGÉLIQUE

Que tes gens cette nuit m'ayent vue , ou saisie , N'ouvre point ton esprit à cette fantaisie.

ALIDOR

Autant que l'ont permis les ombres de la nuit. Je l'ai vu de mes yeux.

ANGÉLIQUE

Tes yeux t'ont donc séduit :

Et quelque autre sans doute , après moi descendue, Se trouve entre les mains dont j'étais attendue. Mais, ingrat, pour toi seul j'abandonne ces lieux, Et tu n'accompagnais ma fuite que des yeux ! Pour marque d'un amour que je croyais extrême , Tu remets ma conduite à d'autres qu'à toi-même ! Et je suis un larcin indigne de tes mains!

ALIDOR

Quand vous aurez appris le fond de mes desseins, Vous n'attribûrez plus, voyant mon innocence, A peu d'affection l'effet de ma prudence.

ANGÉLIQUE

Pour ôter tout soupçon et tromper ton rival , Tu diras qu'il fallait te montrer dans le bal. Faible ruse!

ALIDOR

Ajoutez , et vaine, et sans adresse, Puisque je ne pouvais démentir ma promesse.

ANGÉLIQUE

Quel était donc ton but ?

ALIDOR

D'attendre ici le bruit Que les premiers soupçons auront bientôt produit , Et d'un autre côté me jetant à la fuite , Divertir de vos pas leur plus chaude poursuite.

ANGÉLIQUE , en plewant.

Mais enfin, Alidor, tes gens se sont mépris.

ALIDOR

Dans ce coup de malheur, et confus, et surpris , Je vois tous mes desseins succéder à ma honte; Mais il me faut donner quelque ordre à ce mécompte ; Permettez...

ANGÉLIQUE

Cependant, à qui me laisses-tu? Tu frustres donc mes vœux de l'espoir qu'ils ont eu, Et ton manque d'amour, de mes malheurs complice, M'abandonnant ici , me livre à mon supplice! L'hymen ( ah , ce mot seul me réduit aux abois ! ) D'un amant odieux me va soumettre aux lois; Et tu peux in'exposer à cette tyrannie ! De l'erreur de tes gens je me verrai punie!

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