‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 322 sur 1093 · ANGÉLIQUE, DORASTE, LYCANTE · texte numérisé non relu

ANGÉLIQUE, DORASTE, LYCANTE

TROUPE d'amis.

DORASTE

Quoi ! ne m'attendre pas ? c'est trop me dédaigner ; Je ne viens qu'à dessein de vous accompagner; Car vous n'entreprenez si matin ce voyage Que pour vous préparer à notre mariage. Encor que vous partiez beaucoup devant le jour, Vous ne serez jamais assez tôt de retour ; Vous vous éloignez trop , vu que l'heure nous presse. Infidèle ! est-ce là me tenir ta promesse ?

ANGÉLIQUE

Eh bien , c'est te trahir. Penses-tu que mon feu D'un généreux dessein te fasse un désaveu? Je t'acquis par dépit, et perdrais avec joie. Mon désespoir à tous m'abandonnait en proie ,

Et lorsque d'Alidor je me vis outrager,

Je fis armes de tout afin de me venger.

Tu t'offris par hasard , je t'acceptai de rage;

Je te donnai son bien , et non pas mon courage.

Ce change à mon courroux jetait un faux appas ,

Je le nonnnais sa peine , et c'était mon trépas :

Je prenais pour vengeance une telle injustice ;

Et dessous ces couleurs j'adorais mon supplice.

Aveugle que j'étais ! mon peu de jugement

]\e se laissait guider qu'à mon ressentiment.

Mais depuis, Alidor m'a fait voir que son ame,

En feignant un mépris , n'avait pas moins de flamme.

Il a repris mon cœur en me rendant les yeux ;

Et soudain mon amour m'a fait haïr ces lieux.

DORASTE

Tu suivais Alidor !

ANGÉLIQUE

Ta funeste arrivée , En arrêtant mes pas , de ce bien m'a privée ; IMais si...

DORASTE

Tu le suivais!

ANGÉLIQUE

Oui : fais tous tes efforts :

Lui seul aura mon cœur, tu n'auras que le corps.

DORASTE

Impudente, effrontée autant comme traîtresse, De ce cher Alidor tiens-tu cette promesse? Est-elle de sa main , parjure ? De bon cœur J'aurais cédé ma place à ce premier vainqueur ; Mais suivre un inconnu ! me quitter pour Cléandre !

ANGÉLIQUE

Pour Cléandre !

DORASTE

J'ai tort ; je tâche à te surprendre.

Vois ce qu'en te cherchant m'a donné le hasard ; C'est ce que dans ta chambre a laissé ton départ : C'est là qu'au lieu de toi j'ai trouvé sur ta table De ta fidélité la preuve indubitable.

Lis , mais ne rougis point ; et me soutiens encor Que tu ne fuis ces lieux que pour suivre Alidor.

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