G MÉDÉE, ACTE
Son crime, s'il en a, c'est de t'avoir pour femme. Laisse-le s'affranchir d'une honteuse flamme, Rends-lui son innocence en t'éloi;.'nant de nous ; Porte en d'autres climats ton insolent courroux , Tes herbes, tes poisons , ton cœur impitoyable. Et tout ce qui jamais a fait Jason coupable.
MÉDÉE
Peignez mes actions plus noires que la nuit ;
.Te n'en ai que la honte , il en a tout le fruit :
Ce fut en sa faveur que ma savante audace
Immola son tyran par les mains de sa race ;
Joignez-y mon pays et mon frère : il suffit
Qu'aucun de tant de maux ne va qu'à son profit.
]\Iais vous les saviez tous quand vous m'avez reçue ;
Votre simplicité n'a point été déçue;
En ignoriez- vous un, quand vous m'avez promis
Un rempart assuré contre mes ennemis?
Ma main , saignante encor du meurtre de Pélie,
Soulevait contre moi toute la Thessalie ,
Quand votre cœur, sensible à la compassion,
]\Ialgré tous mes forfaits, prit ma protection.
Si l'on me peut depuis imputer quelque crime ,
C'est trop peu que l'exil , ma mort est légitime :
Sinon , à quel propos me traitez-vous ainsi ?
Je suis coupable ailleurs, mais innocente ici.
CRÉO.\.
Je ne veux plus ici d'une telle innocence, Ki souffrir en ma cour ta fatale présence. Va...
MÉDÉE
Dieux justes, vengeurs...
CBÉON.
Va, dis-je, en d'autres lieux Par tes cris importuns solliciter les dieux.
Laisse-nous tes enfants : je serais trop sévère. Si je les punissais du crime de leur mère : Et , bien que je le pusse avec juste raison , Ma fille les demande en faveur de Jason.
MÉUÉE.
Barbare humanité , qui m'arrache à moi-même , Et feint de la douceur pour m'ôter ce que j'aime ! Si Jason et Creuse ainsi l'ont ordonné, Qu'ils me rendent le sang que je leur ai donné.
CBÉON.
]\e me réplique plus, suis la loi qui t'est faite; Prépare ton départ, et pense à ta retraite. Pour en délibérer, et choisir le quartier, De grâce ma bonté te donne un jour entier.
MÉDÉE
Quelle grâce!
CBÉON.
Soldats , remettez-la chez elle ' ; ■ Si Médée est une magicienne aussi puissante qu'on le tlil ,