‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 347 sur 1093 · SOLDATS · texte numérisé non relu

SOLDATS

CKÉOX.

Te voilà sans rivale, et mon pays sans guerres , ]\Ia fille : c'est demain qu'elle sort de nos terres. ÎVous n'avons désormais que craindre de sa part » : Acaste est satisfait d'un si proche départ; Et si tu peux calmer le courage d'/Egée , Qui voit par notre choix son ardeur négligée , Fais état que demain nous assure à jamais Et dedans et dehors une profonde paix.

CEÉUSE.

Je ne crois pas, seigneur, que ce vieux roi d'Athènes. Voyant aux mains d'autrui le fruit de tant de peines, i\Iêle tant de faiblesse à son ressentiment , Que son premier courroux se dissipe aisément. J'espère toutefois qu'avec un peu d'adresse Je pourrai le résoudre à perdre une maîtresse Dont l'âge peu sortable et l'inclination Répondaient assez mal à son affection.

JASON. '

Il doit vous témoigner par son obéissance Combien sur son esprit vous avez de puissance ;

el que Créon même le croit, comment ne craint-il pas de l'offenser, et comment même peut-il disposer d'elle? C'est là une étrange contradiction que l'antiquité grecque s'est permise. Les illusions de l'antiquité ont été adoptées par nous ; les juges ont osé juger des sorciers : mais il s'était répandu une opinion aussi ridicule que celle de la magie même, et qui lui servait de correctif; c'était que les magiciens perdaient tout leur pouvoir dès qu'ils étaiententre les mains de la justice. L'Arioste, et le Tasse son imitateur, prirent un tour plus heureux; ils feignirent que les enchantements pouvaient être détruits par d'autres enchantements; cela seul mettait de la vraisemblance dans ces fables, qui , par elles-mêmes , n'en ont aucune. Arioste , tout fécond qu'il était, avait appris cet art d'Homère; il est vrai que son Alcine est prodigieusement supérieure à la Circé de YOdyssée, mais cniin Homère est le premier qui parait avoir imaginé des préservatifs contre le pouvoir de la magie, et qui par là mil quelque raison dans des choses qui n'en avaient pas. (V.)

' Il est bien ici question du sacré respect qu'on doit à la condition de ce Créon , qui d'ailleurs joue dans cette pièce un rôle trop froid ! (V.)

* ?>oiis n'avons que craindre est un barbarisme. Cette pièce en a beaucoup ; mais , encore une fois , c'est la première de Corndlle. (V.)

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